Assurément la Palme de la critique française.
Je comprends parfaitement l’intérêt du projet et les raisons pour lesquelles le film suscite autant d’enthousiasme. Pourtant, je dois avouer avoir davantage subi cette projection que je ne l’ai vécue.
Le temps m’a paru long lors de cette projection en GTL, en mai dernier lors de sa présentation officielle à Cannes. Très long. Sans que je parvienne réellement à m’accrocher à ce qui se déroulait à l’écran. Comme si le film restait constamment à distance de moi.
Et pourtant, le sujet est tout sauf anodin.
Le réalisateur raconte ici l’histoire de son propre grand-père, collaborateur durant la guerre. On imagine aisément ce que la réalisation de ce film a pu représenter pour lui : un geste intime, une forme de catharsis peut-être, une tentative de regarder en face un héritage familial complexe et douloureux.
La sincérité de la démarche ne fait pour moi aucun doute.
Je reconnais également la qualité de l’interprétation, notamment celle de Swan Arlaud et également celle de son épouse à l’écran.
J’ai aimé ce jeu volontairement retenu, dépouillé. Cette élocution moderne qui ne cherche jamais à « coller » à l’époque du film.
Aucun effet de manche, aucune recherche de performance visible. Le film cultive même parfois une proximité avec le documentaire qui lui confère une réelle crédibilité.
Mais malgré ces qualités, quelque chose m’a résisté.
Reste une œuvre qui trouvera sans doute un écho particulier auprès du public français à l’approche d’échéances électorales importantes.
Car au fond, le film pose une question simple : que devient une société lorsque l’on oublie les êtres au profit des seuls indicateurs de performance, des concepts et des logiques de gestion ? Ah les principes de ce bon vieux « management » (à prononcer » à la française »)
Une question qui mérite d’être posée.
Même si, cette fois, le cinéma n’a pas suffi à me convaincre.
Je garde cela dit en tête cette scène qui glace le sang. Celle durant laquelle, sous couvert de chiffres, de questions organisationnelles, assises face à face à un bureau, deux personnes parlent de ce que l’on sait désormais être la déportation, les rafles qui eurent lieu. Et l’on comprend que le pire de ce qui a touché l’Homme se décide bien souvent derrière un bureau, en réunion, pour faire face à un besoin de rendement, ou de réorganisation… C’est glaçant. C’est bien ce que l’on appelle « la banalité du mal ».
