Voilà la plus belle surprise cinématographique que j’ai pu voir depuis bien longtemps.
Un « petit » film en apparence, qui traite si bien son sujet qu’il en vient à surpasser bon nombre de films du genre, voire à devenir un classique.
Ce film parle et dit l’adolescence comme rarement je l’ai vue au cinéma.
Erika (Hafsia Herzi) élève seule ses deux enfants. Nous sommes au début des années 2000, peut-être en 2002. Sa fille Abigaëlle ne connaît pas son père et rêve de le rencontrer. Au début du film, elle a huit ans. Puis le récit nous emmène quelques années plus tard, à l’âge de l’adolescence.
Et c’est là que le film m’a particulièrement touchée : dans sa manière de saisir cette période de la vie avec un naturalisme désarmant. Pas d’effets appuyés, pas de psychologie surlignée. Juste des personnages qui vivent, parlent, se cherchent et se confrontent. Des interactions familiales qui sonnent vrai. Une manière d’être, de se parler, de se comporter qui nous donne le sentiment d’être au plus près du réel.
Abigaëlle est en quête de son père. Elle sait que celui-ci ne voulait pas d’enfant. Dans une très belle scène, sa mère raconte comment elle a vécu cette situation comme une forme de chantage lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte. Une scène qui dit beaucoup, sans avoir besoin d’en rajouter.
Mais pour Abigaëlle, le besoin est là. Viscéral. Elle veut voir son père, savoir à qui elle ressemble, comprendre d’où elle vient. Comment se construire sans cette pièce du puzzle ?

J’ai aussi beaucoup aimé le travail de Rudy Rosenberg avec ses comédiens. À l’exception d’Hafsia Herzi, immense actrice que j’aime décidément beaucoup, le film s’appuie sur des acteurs non professionnels, rencontrés pour la plupart lors de castings sauvages. Et cela se sent dans le meilleur sens du terme : c’est incarné, vivant, naturel. On y croit. Tout simplement.
Hafsia Herzi est formidable en mère courage, l’expression est un peu convenue, mais le rôle est superbe. Elle trouve une justesse et une présence qui nourrissent aussi le jeu de ceux qui l’entourent.
Je pense à La Gradiva, qui m’a également beaucoup touchée par sa manière de raconter la jeunesse, même si le film s’intéressait à des adolescents plus âgés. Deux films, deux regards, mais une même volonté de dire le réel, de montrer les jeunes sans les enfermer dans des représentations toutes faites.
Et qu’est-ce que ça fait du bien !
Parce que l’adolescence charrie tant d’émotions, de questions, de bouleversements qu’il est facile de tomber dans la caricature ou de vouloir trop en dire. Ici, le film fait confiance à ses personnages. Il les laisse exister. Et c’est précisément cette vérité-là qui m’a émue.
Un film qui parle vrai. Et qui rappelle, tout simplement, combien le cinéma peut être beau lorsqu’il regarde les êtres humains avec justesse.
Et parce que vous ne pourrez pas y échapper !
