Oulala, quelle expérience atypique de cinéma !
Une expérience tout à la fois fortement désagréable, j’ai voulu partir au bout de trente minutes, et profondément stimulante. Je me savais pourtant happée par un monologue qui promettait de nous offrir du grand Tom Cruise, j’en avais entendu parler en lisant, en amont de la projection, une critique du film. J’ai donc pris mon mal en patience, jusqu’à cette scène qui, en effet, ne m’a pas déçue… Puis, peu à peu, le film m’a emportée.
J’ai découvert la supercherie qui fait toute sa saveur, cette petite surprise qui vient rebattre les cartes, pour finalement me retrouver assez scotchée par la fin.
Mais quel épuisement ! On parle fort, beaucoup, avec des tirades à n’en plus finir et un accent texan à couper au couteau. On est vulgaire, provocateur, volontiers retors. Le film ne fait pas dans la dentelle et ne nous épargne rien.
La farce est immense. Elle fait naturellement écho à l’actualité politique outre-Atlantique et m’a amenée à me demander, à plusieurs reprises, si j’avais vraiment envie de voir cela. Si j’avais envie d’en rire, même. Compte tenu de la gravité de la situation, de savoir des gens aussi vulgaires et aussi vides aux commandes…
Et pourtant.
Le cinéma, l’art en général, a cette capacité de transcender la réalité. Je crois profondément à cela. Et c’est finalement ce que je reconnais au réalisateur : cette faculté de nous proposer un pas de côté, de transformer le réel en une fable, de nous offrir une forme de catharsis.
Car c’est bien une fable qui nous est racontée ici. Une fable contemporaine, certes, mais une fable tout de même. Et c’est peut-être là que réside toute la force de cette proposition : nous faire rire de ce qui, dans la réalité, ne prête absolument pas à rire.
Le film offre par ailleurs une occasion en or à Tom Cruise de décrocher un Oscar. Il s’en donne à cœur joie, peut-être même un peu trop. Car si sa performance est indéniablement impressionnante, il en fait tout de même des caisses. Dans le genre, je lui préfère le Tom Cruise de Magnolia, dont le jeu me semble plus maîtrisé, plus justement dosé (Tom Cruise en 1999 c’était tout de même quelque chose ! Entre Eyes wide shut et Magnolia…)
Mais c’est cela aussi Digger, un film de notre époque : une œuvre qui déborde, qui provoque, qui ne cherche ni la mesure ni la délicatesse. Une œuvre qui nous bouscule, nous fatigue, nous amuse et finit par nous emporter malgré nous.
Une fable aussi excessive que son époque. Et peut-être, finalement, une façon de lui survivre.
