AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Club Kid

Posted by Barbara GOVAERTS

C’est le film le plus doux que j’ai vu depuis longtemps.

C’est l’histoire d’une rencontre. D’une rencontre avec soi et avec un bout de soi. Et c’est d’une beauté humaine grandiose.

Le film est d’une finesse incroyable. Pour en devenir le témoin, il faut toutefois passer outre sa scène d’introduction, bien trop suggestive à mon goût.

La suite nous plonge dans un certain visage de la scène gay et queer, où se mêlent excès de fête, drogues et sexe à répétition. Une fougue, une énergie débordante, sans aucun doute une façon de résister à des sociétés qui voudraient nous voir rangés, droits comme des I, peureux de tout, frileux et parfois amorphes.

Mais ici, point de tout cela. On vit, on a des aspirations : « on veut devenir philosophe ou rien d’autre » , on refait le monde, on s’exprime…

On vit fort !

Peter fait partie intégrante de ce monde. Sa vie tourne autour des soirées qu’il organise, au point peut-être de s’y perdre un peu. Il s’épuise, en tout état de cause.

Jusqu’au jour où débarque de nulle part ce fils né d’une rencontre d’un soir dans un club. Un garçon d’un peu plus de dix ans qui vient de perdre sa mère.

Peter se retrouve alors face au mur. Face à ses responsabilités, à ses réalités. Et surtout face à lui-même.

Et c’est là que se noue la plus belle rencontre que j’aie vue depuis longtemps.

Un véritable lien d’âme se tisse très rapidement entre les deux. D’un côté, ce père qui semble s’être maintenu dans une sorte d’adolescence tardive pour échapper aux réalités de la vie. Un homme qui n’est pas tout à fait bien avec lui-même. De l’autre, cet enfant qu’il trouve naturellement cool.

Et si cet enfant était, en quelque sorte, son miroir ? Et s’il était enfin temps pour Peter d’apprendre à se regarder avec la même douceur qu’il porte sur cet enfant ?

Et c’est vrai qu’Arlo (son fils donc) donne le sentiment d’être à sa place, malgré les douleurs qu’il connaît déjà : l’absence d’un père, une enfance auprès d’une mère psychologiquement fragile, puis ce déracinement, lui qui quitte la Grande-Bretagne pour débarquer à New York.

Il est doux, réfléchi, ouvert au monde et à sa beauté. Il aime la musique, possède des goûts plutôt pointus hérités de ses parents. Il a parfois des accès de colère et on le comprendrait à moins, mais fait preuve d’une étonnante capacité d’adaptation à ce nouvel environnement familial.

Et puis, il y a ce choix de nous faire découvrir la situation à travers son regard. Cela donne au film une tonalité particulière, presque paisible. On se laisse porter par cette rencontre, par cette relation qui se construit naturellement, sans mode d’emploi.

Sauf que le monde alentour est parfois moche, dur, et qu’il ne facilite pas toujours les réunions d’âmes. Il est cadenassé par des règles, des conventions, des cadres. Il en faut, évidemment, pour donner des repères et construire un socle. Mais le film nous rappelle aussi qu’il faut savoir s’en affranchir.

Que la souplesse est parfois indispensable lorsqu’il est question d’éduquer un enfant. Que l’amour et l’affection constituent déjà une richesse immense. Et que les liens les plus précieux ne se construisent pas nécessairement dans les cases prévues à cet effet.

Reste le charme évident de chacun des personnages, de chacun des acteurs et actrices.

Ce film est une véritable fusion d’émotions. Et une magnifique leçon de douceur.

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