El Ser Querido s’ouvre sur une série de gros plans qui installent immédiatement une proximité presque intrusive avec les corps et les visages. D’emblée, le film semble vouloir nous placer au plus près de ce qui se joue entre les personnages, comme si tout passait par la peau, le regard, les silences.
Il y a dans cette histoire une tension sourde, celle d’un lien affectif complexe, traversé par la mémoire, le manque et ce que l’on n’arrive plus tout à fait à nommer. Le film avance ainsi dans un entre-deux permanent : entre douceur et malaise, entre attachement et distance.
Sans chercher l’effet, la mise en scène privilégie une forme d’observation, presque clinique par moments, mais toujours habitée. Les relations se dévoilent par fragments, dans des gestes simples, des non-dits… On semble avancer puis on recule.
On ressort avec la sensation d’avoir approché quelque chose d’intime, mais sans jamais pouvoir le saisir complètement comme si le film lui-même refusait de refermer ce qu’il ouvre.
Sorogoyen prouve à nouveau qu’il est un cinéaste dont j’ai envie de suivre le travail.
Il utilise la présence suave et habitée de Javier Bardem avec brio. Ce dernier donne à son personnage, un homme tout en faux semblants, habité par la rancune, par la souffrance, par les regrets. une étoffe saisissante.
Et puis le cinéma au cinéma… Je trouve ça toujours très beau et à propos. Car le cinéma permet de tout dire, de tout montrer… à condition que ce soit fait avec la bonne focale, pour peut-être… réparer un peu le passé ?
