AMHA (A Mon Humble Avis)

La chaleur

Posted by Barbara GOVAERTS

Dès l’entrée dans le film j’étais conquise. Ces jeunes filmés dans cette mer scintillante… Tout ce que j’aime au cinéma. Kechichien au possible.

Le film se resserre ensuite sur Marouane, ici en vacances avec ses parents, son frère et sa soeur, dans ce camping des Landes. Il gravite autour d’une bande de jeunes dont il semble faire partie… sans jamais vraiment y appartenir.

Car Marouane n’est pas des plus bavards ni des plus entreprenants. Lorsque son ami le plus proche, et les autres garçons du groupe ne pensent qu’à coucher avec une fille, lui, bien plus réservé, n’a d’autres projets que celui de trainer en claquettes chaussettes, son tshirt toujours sur le dos, comme une protection supplémentaire contre le regard des autres.

Marouane a 17 ans, et il incarne, avec brio, cette forme d’adolescence renfermée, complexée presque mutique.

Il semble ne rien avoir à dire à quiconque.

Sur le papier, il a pourtant « tout ». Des parents, plutôt sympa et ouverts au dialogue, une petite soeur compréhensive très proche de lui qui lui montre son affection, cette bande de potes donc et puis cette copine italienne belle comme le jour qui fait fondre tous les garçons alentour.

Mais voilà, Marouane n’est jamais à sa place nulle part.

Un jeune homme en transit. Comme s’il vivait constamment en retrait de sa propre existence.

Lorsqu’un soir, un altercation vire au drame, Marouane cache le corps sous le sable.

Et le film prend une toute autre tournure comme pour le voir poussé dans ses retranchements.

Parler ou se taire.

Flirter ou refuser toute interraction.

Vivre ou mourir…

J’ai beaucoup aimé la manière dont Stéphane Demoustier fait de cette chaleur écrasante une métaphore de l’adolescence elle-même.

La chaleur devient alors une incarnation totale de cet âge d’entre deux qu’est l’adolescence. Cette « tranche horaire » de la vie qui nous invite alors à passer de l’autre côté, à devenir celui ou celle que l’on est depuis la naissance, celui ou celle que nos parents, nos tuteurs, ou toute personne ayant participé à nous élever, ont accompagnée et ont guidée pour qu’enfin, nous prenions les devants et devenions notre propre guide.

Sans aucun doute un basculement vertigineux, qui demande, exige, courage et confiance : exactement ce dont on manque à cette période précise de la vie.

Mais c’est là le but du jeu charmant de la vie… Toujours chercher à avancer, à penser, à échanger, à décider… C’est comme cela que l’on devient qui on est.

Comme ce fut beau de voir Marouane sur ce sentier là, dans ce film à l’ambiance si particulière.

Après La fille au bracelet, Borgo et L’Inconnu de la grande Arche, Stéphane Demoustier prouve qu’il est un réal particulier dont j’apprécie particulièrement le cinéma à part.

Un réalisateur qui regarde ses personnages avant de regarder son intrigue.

Un vrai ton, un point de vue singulier.

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