La bola negra, en compétition pour la palme d’or

Comme j’ai aimé cette fresque cinématographique, j’en ai pris plein les yeux et ai aimé être emmenée dans ce récit à triple tiroir qui se développe et trouve son ampleur sur trois périodes différentes.
Tout dans ce film me plait et me ravit. Il y a déjà du cinéma, plutôt grandiloquent et généreux, à chaque encornure et le récit évolue pour nous plonger dans une enquête qui m’a ouvert les yeux sur un poète que je connaissais sans véritablement le connaitre.
Pour cette entrée en matière et en profondeur j’aime le film de ces deux accolytes qui ont déjà signé la très qualitative série Las Mesias.
Les réal nous livrent ici un film fort sur la mémoire, sur la construction.
J’aime qu’il marchent sur les pas de Pedro Almodovar, à leur façon, avec leur style qui leur est propre, mais en suivant cette longue lignée de films libres, libertaires, enjoués, solaires, aimant et au long cours.
La relève est assurée.
La beauté de l’attachement au passé, empli donc de nostalgie mais terriblement ancré.
De l’art de dire le rôle du passé, aujourd’hui.
Coward, en compétition pour la palme d’or

Un joli film au message attendrissant. Plus qu’attendrissant, très puissant mais ici plutôt présenté dans un cadre et d’une façon mineurs.
Derrière son apparente légèreté se cache une réflexion essentielle sur la place du divertissement dans nos vies.
Le film choisit pourtant la voie de la modestie. Il ne cherche jamais à asséner son propos ni à lui donner une ampleur démesurée. Tout se joue à hauteur d’homme, dans les petits gestes, les élans du quotidien, les rêves parfois fragiles de ses personnages… Cette montagne…
Le film dit l’importance vitale du divertissement, de l’art dans nos vie abimées par la dureté du monde tout autour.
Et c’est précisément ce qui le rend attachant.
Car au fond, Coward nous rappelle quelque chose que l’on oublie souvent : l’art n’est pas un luxe. Le divertissement non plus.
Ils sont parfois ce qui nous permet de tenir. De respirer. D’imaginer autre chose que la dureté du réel.
Dans un monde brutal, inquiet et pressé, le spectacle, la musique, le cinéma ou le rire peuvent devenir des refuges. Des espaces où l’on répare un peu ce que la vie abîme.
Et si le film choisit de raconter cela avec douceur plutôt qu’avec fracas, son message n’en est pas moins précieux.
Mariage au goût d’orange, présenté dans le cadre de Cannes Première

Son ciel de Nantes (pièce de théâtre présentée en 2022) fut pour moi une véritable catharsis suite au décès d’un membre de ma famille qui m’est très cher. Honoré tire ici le film de cette fresque familiale.
C’est jour de mariage. Toute la famille est réunie pour l’occasion. Et comme souvent chez Honoré, cette cellule familiale devient le reflet d’une société miniature.
Les personnalités s’y côtoient, s’y heurtent parfois. Entre les rancœurs anciennes, les jalousies, les divergences politiques, les différences de parcours ou de niveau de vie, les discussions sont animées et les tensions jamais très loin.
Mais le film ne juge personne. Il observe.
C’est plein de vie, bien joué, joyeux et nostalgique et les comédiens fonctionnent bien entre eux.
Et puis cette scène finale qui vient nous dire délicatement que les moments vécus, les souvenirs, les hiers sont vivants pour toujours, là, nichés dans une chanson qui nous émeut, dans un sourire, dans une accolade….
L’être humain au coeur.
La gradiva, présenté à la semaine de la critique

Comme j’ai aimé ce film ! Une beauté. La réal prend le temps de poser un vrai regard sur ses personnages tous plus touchants les uns que les autres.
J’ai tout aimé de ce film : de son rythme à sa forme en passant par la richesse des personnages de la prof aux élèves. Tous existent et forment un groupe vivant, parfois victime de ses émotions, d’un trop plein… Mais dieu que c’est vivant et vrai !
C’est toute la singularité, la puissance et la grande fragilité de la jeunesse qui émanent ici. Cette phase d’entre deux qui fragilise tout autant qu’elle construit.
Les questionnements sur le monde et sur soi, le manque de confiance en soi et en l’autre, cette place que l’on n’a pas encore forcément trouvé, les doutes, les incompréhensions. Ce premier film montre tout cela. C’est souvent âpre mais tellement honnête.
Tout ici est solide et subtile.
