AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

BFSC à Cannes 12ème : J7

Posted by Barbara GOVAERTS

Minotaur, en compétition pour la palme d’or

Une image, implacable, de ce qu’est l’âme de la Russie d’aujourd’hui : l’ennemie existe, il est aux portes de notre maison, il faut l’éliminer. Et tous les moyens sont bons.

Zviaguintsev revient avec cette même fougue de cinéma pour illustrer la violence d’un pays qui entre en guerre, un pays sur le bord du précipice, à la lisière de la folie.

Il choisit de narrer cela par le prisme de l’histoire d’un couple qui se délite, qui ne s’aime plus vraiment, qui se quitte des yeux, qui ne parvient plus à communiquer. Et la réussite est grande et implacable.

Le cinéma est partout dans ce film que j’ai vu à deux reprises déjà, à Cannes en GTL puis à Cannes à Paris. La tension permanente est palpable de nous entraine dans un engrenage ficelé avec la malice d’un homme pas plus méchant qu’un autre mais perdu dans une spirale de violence qui s’exprime en tous points.

Mention spéciale pour la scène finale, le dernier plan de ce film qui vient dire le poids du soucis, du regret qui hante et ternit si ce n’est salit l’âme.

Brillant et nebuleux.

Amarga navidad, en compétition pour la palme d’or

Pedro, je t’aime toujours autant, sois-en certain.

Je continuerai toujours à défendre le rôle et la portée politique de ton cinéma. Mettre en lumière les marges comme tu l’as fait dans une Espagne tout juste sortie du franquisme, encore profondément marquée par le poids de la religion, témoigne d’une immense humanité.

Tu as redonné des couleurs à un pays qui les avait perdues. Tu as offert une place à celles et ceux que l’on ne regardait pas. Tu as filmé les femmes, les mères surtout, comme peu de cinéastes ont su le faire. Leur force, leur dévotion, leur courage, mais aussi leur beauté dans ce qu’elle a de plus simple et de plus universel.

Parle avec elle, Tout sur ma mère, Volver, La Mala Educación, La piel que habito… Tu nous laisses des œuvres majeures.

Pourtant, depuis quelques années, je me sens moins en phase avec ton cinéma. Non parce qu’il aurait perdu sa sincérité, mais parce qu’il me semble parfois rejouer des thèmes, des motifs et des obsessions que tu as déjà explorés avec davantage de force par le passé.

Une chose demeure cependant : ton amour du cinéma.

Il traverse chacune de tes images. Il habite tes personnages, tes décors, tes dialogues. On sent que le cinéma t’a construit, accompagné, peut-être même sauvé. Et surtout, tu sais encore le raconter.

Et en soi, cela vaut déjà de l’or.

Roma Elastica, présenté en séance de minuit

Me voilà nouvelle adepte du cinéma de Bertrand Mandico.

Je connaissais la réputation qui l’entoure, mais j’en ai véritablement pris la mesure lors de cette séance de minuit en Grand Théâtre Lumière. L’engouement qu’il suscite est réel. Mandico est de ces réalisateurs que les cinéphiles suivent avec passion, parfois même avec une forme de ferveur.

Je dois dire que je me suis totalement laissée embarquer par ce nouvel opus qui nous transporte à Rome, en 1982 (excellente année au demeurant) sur le tournage du nouveau film de la star Eddie, interprétée par une Marion Cotillard absolument à sa place dans cet univers. Elle forme avec Valentina, maquilleuse, amie, garde du corps et bien plus encore, un duo aussi cosmique qu’inclassable.

Je serais bien en peine d’analyser précisément tout ce que j’ai vu à l’écran. Et c’est peut-être là le signe que le film fonctionne.

Car plutôt que de chercher à tout comprendre, je me suis laissée traverser par cette expérience de cinéma. Une sorte de transe visuelle et sensorielle, à la fois loufoque, généreuse, parfaitement maîtrisée et profondément cinéphile.

Tout déborde : les couleurs, les idées, les corps, les références. Et pourtant, jamais le film ne donne le sentiment de se perdre. Derrière son extravagance se cache une véritable vision de cinéma.

On adhère ou non à cet univers, mais il est impossible de lui nier une singularité rare.

Pour ma part, j’ai embarqué.

Et c’est déjà un succès.

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