Ce film, vu à Cannes en mai dernier ne me laisse définitivement pas un souvenir impérissable. Je vous en avais parlé de façon plutôt éthérée puisque ce film n’a suscité en moi qu’un intérêt mineur. Voire au final une totale incompréhension. Et un certain malaise. Ce film trouve le moyen de mêler une certaine platitude à une véritable lourdeur.
Quel intérêt réel que ce film ?
Je n’ai pas tout saisi et je dois dire que cette projection me fut plutôt désagréable.
Je n’y ai rien trouvé de spécial d’un point de vue cinématographique, ni sur tout autre plan.
Le point de départ déjà, me semblant bien étrange et peu accrocheur. Que feriez-vous si vous deveniez la personne avec qui vous faites l’amour ?
Je comprends le sujet et le questionnement de son réal, et le projet de son film mais ne parvient jamais à m’intéresser réellement à ce qui se passe à l’écran. Au point de trouver loufoques certains aspects.
Reste en effet cette tentative de réflexion autour de l’identité.
Qu’est ce qui nous définit ? Sommes-nous seulement définis par notre enveloppe corporelle ? Sommes-nous reconnaissables entre mille uniquement du fait de notre personnalité, de notre façon d’être au monde ?
Deux scènes trouvent grâce à mes yeux. Ce sont celles qui évoquent la parentalité. J’ai eu beaucoup de peine à regarder cette scène de mariage durant laquelle un père ne reconnait pas sa fille puisqu’elle habite désormais le corps d’un homme (ce fameux body swap, sujet majeur du film) et puis cette autre scène qui arrive vers la fin du film dans laquelle cette mère ne reconnait pas son fils.
J’aurais espéré que le contraire arrive… Que ces parents, ces géniteurs parviennent malgré le changement physique à reconnaitre leur enfant via leur simple présence, ces soupirs, ces silences, ces détails qui n’en sont jamais et qui font notre personalité, là encore : notre façon d’habiter le monde.
Je me questionne alors sur le véritable sujet du film. Je comprends le choix du fantastique et ce qu’il permet de déplacer, de métaphoriser. Mais à quoi bon, finalement ?
Car le sujet existe. La transidentité existe, et avec elle son lot de rejet, de violence et d’incompréhension. Pourquoi alors choisir de traiter cette réalité avec autant de distance, jusqu’à intellectualiser le propos au point de le rendre, me semble-t-il, difficilement accessible au plus grand nombre ?
C’est d’autant plus dommage que le sujet est dense, complexe et profondément propice au cinéma. Il y avait matière à faire naître du trouble, de l’émotion, de la réflexion. Mais ici, j’ai le sentiment que le dispositif prend le pas sur le sujet.
Un film que je trouve finalement poseur et mineur. Un rendez-vous manqué.
