J’ai sciemment ignoré ce film à Cannes, lui préférant des films, pensais-je, avec plus d’envergure.
J’ai ensuite ignoré ce film à sa sortie en salle, pour finalement le voir hier soir, lors d’une envie de cinéma soudaine. L’horaire de la séance correspondant parfaitement, je me suis lancée.
J’ai vu exactement le film que je pensais voir.
Il ne fut une surprise en aucun point.
Deux acteurs principaux qui jouent bien, qui tiennent leur rôle, et un sujet ô combien dérangeant : la mécanique de l’emprise au sein d’un couple.
Si le film n’a rien de bouleversant, il a eu le chic de me déranger, tant les situations dépeintes par le scénario sont lourdes.
Ce mari abusif qui n’en finit pas de faire tourner sa femme, elle aussi fragile et dépressive, en bourrique.
Je te harcèle. Je t’humilie. Je me fais pardonner. Je me fais passer pour la victime…
Tout y passe. Et avec, le cycle infernal et répétitif de la tyrannie abusive.
C’est épuisant.
Et je n’ai pas cessé d’être puissamment agacée par le personnage qu’interprète Niels Schneider, à qui j’avais clairement envie de faire une béquille !
Puissamment agacée aussi, mais également désarmée, face à l’inaction de Gil, jouée par une Monia Chokri éreintée et éteinte.
Je ne peux nier la qualité du traitement du sujet. Mais est-ce vraiment là ce que nous souhaitons voir au cinéma ?
Une mécanique d’emprise aussi bien connue, aussi bien documentée, rejouée sous nos yeux pendant près de deux heures ?
Je reste donc avec cette sensation étrange : avoir parfaitement compris ce que le film voulait montrer, avoir été profondément agacée par ce que je voyais… mais sans que le cinéma, lui, m’ait vraiment emmenée quelque part.
J’ai vu l’emprise. Je l’ai ressentie. Mais je n’ai pas vraiment vu ce que le cinéma pouvait en faire.
