AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Garance

Posted by Barbara GOVAERTS

Quelque chose me gêne profondément avec ce film.

Il ne m’a procuré absolument aucune émotion. Pas une.

Pas même de l’ennui, finalement. J’ai regardé ce film de manière presque passive, sans véritable agacement mais surtout sans réel intérêt pour ce qui se jouait à l’écran.

Et c’est peut-être cela le plus troublant : cette absence totale de vibration.

Je peine d’ailleurs à identifier précisément d’où vient ce manque d’élan. Tout semble pourtant réuni pour produire un récit fort. Le sujet, d’abord : la lutte contre l’addiction, la reprise en main de son corps, de ses sensations, de sa vie même.

Mais Jeanne Herry ne parvient selon moi jamais à faire véritablement exister cette matière pourtant puissante.

L’intrigue avance de façon très linéaire, presque mécanique, sans que ne surgisse réellement le trouble, la douleur, le manque ou même l’espoir. Le film reste constamment à distance de ce qu’il raconte.

Et c’est précisément ce que je regrette le plus : cette absence de sensation dans un récit qui aurait justement dû être viscéral, physique, profondément incarné.

Comme si le film racontait la reconquête des sens sans jamais parvenir à nous faire ressentir le perte. Le perte de tout. Presque la désintégration de soi que peut engendrer l’addiction.

Ce sujet est pourtant clé et mérite que l’on s’y penche. Dans un monde compliqué, qui exige sans cesse de faire face et d’être « en phase » nombreuses et fortes sont les tentations de répondre aux sirènes des paradis artificiels. Une goute, un trait, une taf peut importe, pour faire fi de, pour passer outre, pour oublier, pour se détacher…

Mais plus dure sera la chute. Car ces paradis artificiels vous attrapent pour ne plus vous lâcher ensuite et le constat est terrible : plus vous allez mal plus ils vous feront aller mal.

Le film n’est pas à la hauteur de ce sujet délicat.

C’est en interview, dans le cadre de la promo qu’Adèle, l’interprête principale du film (elle est Garance) a dit la plus belle chose. Car le film évoque l’accompagnement de personnes addictes. Elle dit alors que le plus fort dans ce type d’accompagnement est de faire savoir à la personne malade qu’elle a tout à perdre. Mais que nous sommes là : qu’elle veuille « prendre le mur et mourir ou s’en sortir et vivre ».

D’une très grande puissance. Je regrette seulement de n’avoir pas vu ni ressenti cela dans le film.

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