AMHA (A Mon Humble Avis)

L’Odyssée

Posted by Barbara GOVAERTS

J’ai attendu avant de voir ce film.

J’avais ma place dès la première semaine d’exploitation, puis je l’ai laissée filer. Comme si ce n’était pas encore le moment. Finalement, c’est à Sète, pendant mes vacances, que j’ai découvert L’Odyssée.

Et quelle claque.

Pas en Imax, ni en 70mm, sur un écran on ne peut plus classique et pourtant, j’ai la sensation d’avoir pu capter toute la puissance de ce film.

Je m’attendais à une immense fresque. Une épopée spectaculaire, éprouvante voir même viriliste, traversée par la violence des hommes et des batailles. Après tout, Christopher Nolan est un cinéaste du grand spectacle. De The Dark Knight Rise à Dunkerque, son cinéma m’a toujours impressionné autant qu’il m’a bousculée.

Mais ce qui m’a le plus frappée ici est ailleurs.

C’est la douceur.

Une douceur inattendue qui traverse le film de bout en bout.

Derrière les monstres, les tempêtes, les combats et les dieux, Nolan semble moins raconter les exploits d’un héros que son immense désir de retrouver les siens.

Il filme un homme fatigué de la guerre, qui avance moins pour conquérir que pour rentrer chez lui.

Et c’est précisément là que le film me bouleverse.

Car L’Odyssée devient moins le récit d’une aventure que celui d’une fidélité.

Fidélité à une femme.

À un fils.

À un foyer.

À une vie que la guerre n’a cessé de repousser.

Dans un monde où les hommes règlent leurs différends par la force, Nolan distille peu à peu un tout autre message. Un message profondément humaniste. Une invitation à croire que la véritable grandeur ne réside peut-être pas dans les victoires militaires mais dans la capacité à revenir, à aimer, à retrouver ceux qui nous attendent.

Et j’aime tant qu’il soit allé sur ce chemin là.

Derrière les monstres, les dieux, les sirènes, Circé ou encore Charybde et Scylla, L’Odyssée raconte finalement une histoire universelle : celle des tempêtes et des errances que chacun traverse au cours de sa vie. Les mythes ne sont ici jamais de simples épisodes spectaculaires. Ils deviennent les métaphores de ces moments où l’on doute, où l’on se perd, où l’on cède à la facilité, à la colère, à l’orgueil ou à la peur.

Ulysse ne lutte pas seulement contre les éléments, il lutte contre lui-même. Et c’est peut-être là que réside la modernité intacte de ce récit vieux de près de trois mille ans : nous avons tous nos Cyclopes, nos sirènes et nos tempêtes à traverser avant de retrouver notre propre Ithaque.

Matt Damon compose un Ulysse d’une grande justesse, usé par les épreuves sans jamais perdre de sa noblesse. Tom Holland lui donne une réplique pleine de sensibilité, tandis que Pénélope est le point d’ancrage du récit, celle vers qui tout converge.

Christopher Nolan signe ici un grand film de cinéma où la musique, la poésie et la peinture se rencontrent.

Visuellement, le film est d’une beauté sidérante. Certaines séquences m’ont immédiatement fait penser à Goya, à ses Peintures noires. Chaque plan semble composé comme une toile. La mer est un personnage à part entière, tantôt refuge, tantôt menace. Rarement le cinéma contemporain m’aura donné cette sensation de regarder une succession de tableaux en mouvement.

Au final le message est limpide, le véritable exploit d’Ulysse n’est donc pas de vaincre des monstres : c’est de rester fidèle à lui-même malgré tout ce qui cherche à le détourner de son chemin.

Sans aucun doute une leçon de vie pour nous tous.

Merci pour l’épopée, merci pour la douceur.

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