AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Soudain

Posted by Barbara GOVAERTS

À ce jour, ce film reste ma Palme. Et sans aucune mesure avec les autres films présentés en compétition.

Soudain est un film rare, précieux. Précieux par le sujet qu’il aborde, mais surtout par la précision presque chirurgicale avec laquelle il le fait. Et pourtant, jamais au détriment de la beauté ou de l’humanité qui s’en dégagent.

Le film est réalisé par le Japonais Hamaguchi qu’il faut définitivement continuer de suivre de près. J’aime la singularité de ses propositions, si éloignées de ce que l’on voit habituellement. Ici, il dit merveilleusement ce temps qui nous est donné chaque jour, à chaque seconde, chaque minute, chaque heure. De ce temps qu’il faudrait apprendre à habiter plutôt qu’à consommer et consumer.

Et surtout, Hamaguchi nous rappelle que ce qui nous relie profondément les uns aux autres, ce qui fonde véritablement notre présence au monde, c’est notre capacité à prendre soin, à regarder, à écouter. Notre humanité, en somme. Et la responsabilité que nous avons d’en faire quelque chose de juste.

À l’heure où l’on nous pousse sans cesse à aller plus vite, toujours plus vite, son cinéma me fait du bien.

Du bien parce qu’il recentre les priorités. C’est exactement ce qu’il accomplit ici avec ce nouvel opus. Un film de presque trois heures trente, durée pourtant totalement justifiée, tant il nous laisse le temps nécessaire pour entrer dans cette histoire, découvrir les personnages, les rencontrer même, comprendre leur manière de penser, d’interagir, d’avancer dans le monde.

Le résultat est d’une puissance admirablement maîtrisée, qui confine par moments à une forme de délicatesse ultime. La question centrale du film — notre humanité commune — y est abordée avec toute la justesse qu’elle mérite.

Il m’est finalement assez difficile de mettre des mots sur ce film tant il semble parler de lui-même. Il dit notre besoin de repenser l’attention portée à l’autre. Et en cela, il raconte énormément de notre monde moderne, qui oublie peu à peu la question essentielle du soin.

À l’heure où tout semble désormais régi par la rentabilité, dans une société fascinée par la jeunesse, la performance, la santé, l’efficacité et la conquête, comment continuer à poser un regard sincère sur les êtres fragiles, âgés, malades ou simplement ralentis par la vie ?

Soudain pose ce regard-là. Avec patience. Avec douceur. Avec une infinie dignité.

Et c’est peut-être pour cela qu’il m’a bouleversée.

J’oubliais : Virginie Efira y est stupéfiante. L’autre actrice principale avec qui elle partage l’affiche l’est tout autant. Et tout le cast.

Le film le plus doux de la compétition, mais sans doute aussi le plus féroce.
Une férocité qui surgit notamment dans deux scènes saisissantes, où le film dit avec une clarté redoutable ce qu’est le capitalisme : un système qui nous dévore lentement, épuise les corps et abîme les êtres.

Une masterpiece. Une palme !

Articles liés