Il y a des choses qui m’échappent parfois. Qui sont ces critiques qui se fendent de commentaires acerbes sur ce film, rappelant à l’envi les “règles” supposées du bon biopic ou dénonçant l’aberration de ses partis pris cinématographiques ? Qui sont ces fans qui s’attardent sur la taille d’un nez, la légèreté d’un pas ou le choix des sons mis en avant ? J’ai lu et entendu tout cela.
Qu’on soit clair : ce film, qui entend retracer l’histoire de Michael Jackson de son enfance à la sortie de l’album Bad en 1987, ne vise ni à révolutionner l’industrie du cinéma, ni à faire revivre le regretté MJ.
Et si on le prenait simplement pour ce qu’il est : un moyen de nous replonger, de façon certes illusoire, esthétisée et simplifiée, dans le parcours de l’un des plus grands artistes de notre ère moderne ?
Je n’entrerai donc dans aucune de ces analyses ni dans ces débats, si ce n’est pour exprimer un regret : l’absence de toute mention de sa petite sœur adorée, Janet. La célébrité et le départ précoce de MJ n’auront donc pas aidé cette famille à se souder, à dépasser la difficile gestion de la notoriété d’un de ses membres. “I love you all, including Jermaine” restera à jamais ma saillie préférée, répétée par MJ lors de plusieurs discours. Elle dit tout : l’amour fraternel à tout prix, parce qu’on leur a appris la valeur de la famille cette valeur refuge, cet écrin que rien ne devrait jamais briser. Elle dit aussi et surtout les séparations, la jalousie… MJ a bien connu les réalités d’une célébrité qui abîme, qui éloigne.
Le film s’en fait l’écho. On voit un MJ enfant déjà seul : curieux, vif, mais retranché dans son monde, avec ses jouets, ses livres… Puis plus tard, avec ses animaux. On le voit aussi créer du lien avec ceux qui souffrent, à l’hôpital. J’aime cette facette de sa personnalité : celle d’un être lui-même meurtri, qui passera sa vie à chercher auprès des isolés et des souffrants un refuge, un souffle de vie.
Michael, c’est aussi sa relation avec un père colérique, obsédé par l’idée de faire de ses fils un groupe de stars. Très tôt, MJ se démarque, sans le vouloir, par sa voix et par un charisme hors norme. Très tôt, il a déjà tout en tête : à la fois le côté artistique et le côté business. Il veut créer, être le meilleur…
Et bien que délicat, respectueux des autres, et peu enclin au conflit, il porte en lui le désir de se réaliser seul, de tracer sa propre voie. C’est sans doute l’aspect de sa personnalité qui me touche le plus : cet amour profond pour sa famille, son socle, mêlé à la certitude intime que son chemin est ailleurs, personnel. Il ne cessera dès lors de tenter de composer avec cette tension, avec cette culpabilité qui ne le quittera jamais.
Enfin, MJ, c’est aussi l’amour profond et sincère qu’il porte à sa mère. Une relation empreinte de tendresse et de complicité, qui constituera l’un des socles de son succès. J’aime que le film retrace ses sources d’inspiration, celles que sa mère lui fit découvrir à travers les films regardés ensemble le soir : Chantons sous la pluie, Gene Kelly, Fred Astaire, Charlie Chaplin, mais aussi le mime Marcel Marceau… Autant d’influences qui le pousseront à créer son propre style, à inventer ces mouvements immédiatement reconnaissables : le moonwalk, les pointes, la gestuelle des mains…
Un artiste. Une star.
Who’s bad ?
