AMHA (A Mon Humble Avis)

La corde au cou

Posted by Barbara GOVAERTS

La corde au cou, il l’a littéralement.

Une arme suspendue à son cou, tenue par un fil de fer, prête à basculer.

Lui c’est le fils d’un riche homme d’affaire à la tête d’une organisation financière qui délivre des offres de prêt. Un emprunteur estime avoir été filouté par la compagnie. Las de devoir quémander une ristourne (cela est-il seulement possible ?!) sur l’étalement de remboursement de son prêt, il décide d’employer les grands moyens.

C’est donc armé qu’il se présente à ce rendez-vous, décidé à en découdre.

Dès les premières minutes de ce film, dont la BO est sublime, je tiens à le mentionner de suite et y reviendrai, une ambiance bien particulière nous accompagne.

Déjà cet homme en colère m’intrigue. Je note de suite sa maladresse, sa gêne presque à devoir en arriver là. Mais on sent l’homme à bout, fatigué d’avoir recassé, d’avoir trop perdu patience. En cela il nous apparait à la fois comme presque attendrissant. Quand il prend le temps de dire à la secrétaire qu’elle a toujours été gentille avec lui, tout est déjà là. Un homme lessivé, usé par un système qui place l’argent avant l’humain. Au sens le plus brut du terme.

Et puis il y a donc cette vibe vintage 70’s, diffuse, enveloppante. Une certaine lenteur, une texture presque feutrée, comme si le film refusait toute précipitation.

Au cœur de tout cela, une voix. Celle de l’animateur radio. Mon personnage préféré, sans hésitation.

Il apaise. Il relie. Il donne une respiration à un monde sous tension. À travers lui, le film esquisse autre chose : une forme de lien, de culture partagée, d’engagement aussi, dans une Amérique encore largement fermée et segmentée malgré son histoire.

Si je n’ai pas trouvé ce film palpitant de bout en bout je lui reconnais, et c’est là la maestria de son réalisateur Gus Van Sant, la qualité de dire beaucoup, calmement, sans vouloir ni tenir de grands discours, ni faire de grands effets.

Le film reste calme de bout en bout, mais maintient le rythme et le suspense. Une dynamique un peu molle se créé alors !

Une nouvelle version de cette Amérique en crise. Plutôt virtuose.

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