AMHA (A Mon Humble Avis)

Vermines

Posted by Barbara GOVAERTS

Du cinéma organique ou je ne m’y connais pas.

C’est véritablement le bouche à oreille qui m’a conduit dans cette salle de l’UGC Les Halles (quasi pleine) car de prime abord je ne me déplace pas forcément ni ne prête attention à un film d’horreur qui met en scène de grosses araignées venimeuses ! A tort puisque ce film, qui fut ma première séance de 2024 est une excellente surprise.

Je le disais, le film est purement organique. De ceux qui vous font bouger sur votre siège tant le réalisme est fort, dès la scène d’ouverture j’étais emportée et en proie à des sensations fortes.

En parallèle, c’est d’abord l’aspect familial et humain du film qui m’a accroché : ce frère et cette soeur livrés à eux même après le décès de leur mère et toute la souffrance de non dits, de ces choses qu’on n’ose pas se dire et qui nous font plonger dans la violence verbale et potentiellement autre. L’acteur principal est de ceux là : un jeune homme serviable et protecteur avec l’extérieur et tellement fermé avec sa petite soeur qui, sans verser dans l’analyse psy, le ramène à la souffrance de la perte de sa / leur mère. Son unique projet à lui est de partir loin, lorsqu’elle s’attèle à rénover l’appartement au sein duquel ils ont sans doute vécu de beaux moments en famille. Le scénario et les dialogues sont parfaitement ficelés pour dire et montrer cela : l’éclatement de la cellule familiale et ses conséquences potentiellement dévastatrices.

Et puis c’est ensuite l’aspect éminemment politique du film qui frappe. Je trouve cependant, lors de la projection, que le dernier tiers du film est un peu trop appuyé par endroits : la scène d’échanges nerveux et d’affrontement entre le groupe et la police n’était pas si nécessaire à mon sens. Je me dis qu’il eut été plus délicat de rester dans la suggestion.

Mais comme le final du film Yannick (sans aucun doute le final le plus marquant de mon année ciné 2023), le réal fait le choix de dénoncer les violences policières. Il utilise son film à cet escient et l’on ne peut que féliciter cette prise de position forte. Et à bien y repenser, la police tue dans notre pays (il s’agit d’un premier film français), c’est un fait. Et ne semble pas tant se remettre en question. Pis encore, les agissements de cette institution semblent soutenus par le gouvernement et les instances dirigeantes de notre pays. Pourquoi alors chercher à gommer, à atténuer le propos et ces faits : le réal fait le choix du frontal et je ne peux que l’en féliciter.

Reste cette fin d’une douceur infinie. Et c’est là que se trouve la délicatesse de la suggestion que j’évoquais plus haut.

La violence est du côté de la police qui a oublié que son rôle premier était de protéger, encadrer, défendre. Les jeunes gens des « quartiers », que les politiques, les média ne cessent de nous dépeindre comme des terreaux de haine, de violence et de misère ne demandent qu’à appréhender sereinement, enfin, la vie en collectivité qu’on leur a promis. La violence n’est pas là ou on veut nous le faire croire !

Sur le plan purement filmique, ce film vaut pour son travail sonore d’une force et d’une délicatesse sans nom. Un grand réal du genre est né. Hâte de le voir tisser sa toile.

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