AMHA (A Mon Humble Avis)

Sieranevada

Posted by Barbara GOVAERTS

Sieranevada est un mystère de cinéma. D’une chiantise assez grandiose mais génial d’un point de vue cinématographique. Ou comment faire le grand écart avec un même film.

Je m’explique. Sieranevada, film présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes n’a pas fait grand bruit sur la Croisette et c’est bien pour cela que je l’ai – disons-le sans détour – ignoré. Ajoutez à cela sa durée de 3 heures et vous comprendrez aisément mon envie de ne pas en être.

Cela dit, ma curiosité autour de ce film s’est peu à peu développée et c’est poussée par un besoin de cinéma (3 semaines de vacances au soleil, au bord de la piscine, ça vous créé un manque) que j’ai décidé d’aller le voir. Pour un retour aux sources, ce fut un retour aux sources, entre douleur et plaisir. Une vraie expérience de cinéma.

Douleur puisque huis clos. Or, je ne suis pas fan ultra des huis clos au cinéma (mis à part 8 femmes de Ozon que je peux voir en boucle et La Vénus à la fourrure de Polanski vu plus récemment). Le huis clos peut vite tourner à l’étouffement et au débordement et c’est exactement ce qu’il se passe ici. Les portes claquent, les esprits s’échauffent, les marmites bouillent et tous attendent le pope pour enfin « en finir » avec le cérémonial et passer à table. Le tout est filmé en plan énorme. On est au plus près des visages, la volonté du réal est très clairement de nous permettre d’intégrer cette famille, « d’en être » et de partager ces moments de vie. C’est en cela que j’ai trouvé  ce film déroutant et lourdingue de prime abord : le spectateur est comme pris à partie par les divers membres de cette famille en crise et il faut dire qu’entre tata et tonton qui lavent leur linge sale en public et mettent à plat des histoires de coucheries et de tromperie, cousin qui passe trop de temps sur Youtube à regarder des vidéos complotistes sur le 11 septembre ou encore grand mamie qui refait l’histoire en vantant les mérites du communisme face à sa petite fille en larmes, sous le coup des rancœurs du passé au sein desquelles elle a dû grandir : les fameuses transmissions intergénérationnelles… Tout cela créé un bazar assez foutraque balayé par la caméra qui joue ici un rôle à part entière.

Jamais encore je n’avais vu pareille utilisation de la caméra. Elle semble ne pas bouger de son socle mais se déplace par contre sans cesse comme pour aller à la rencontre de tous ces personnages pour en cerner et saisir les pensées et les agissements.

Très vite il devient clair que c’est le mort justement qui occupe la place de cette caméra. Il est là, comme pour signifier la présence de son esprit qui rôde parmi les membres de sa famille et devient ainsi le personnage pivot de toute cette dramédie.

Si je me suis sacrément reposé les paupières pendant la 1ère demi heure du film, c’est véritablement cette technique cinématographique qui m’a donné envie de creuser et de poursuivre cet après midi avec cette famille roumaine haute en couleur.

Et grand bien m’en a pris car j’aurais manqué cette fin subtile et sublime. Cette fin qui nous redit l’importance du rire comme meilleure prise de hauteur sur les situations difficiles, le rire comme meilleure échappatoire et puis le rire comme moyen de sortir des lieux communs, des veilles habitudes et de la lourdeur des traditions. Le rire comme point de départ d’une nouvelle étape de vie.

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