Quel personnage cette Shana, à la fois familière et tout à fait inconnue.
Je me suis surprise à me sentir un peu comme elle à la sortie de la salle, preuve s’il en est de la puissance du jeu de l’actrice. Une sacrée jeune femme !
Certains diront qu’elle ne joue pas, qu’elle est simplement. Je ne vois pas en quoi cela minimise la puissance de ce qu’elle incarne à l’écran. On donne toujours de sa personne lorsque l’on joue, ce qui compte c’est bien ce que la caméra attrape. Là, ca dépote !
Shana est intense. Sans filtre. Tout à la fois insolente et fragile, indépendante et prisonnière de ses contradictions. À l’image peut-être d’une génération qui refuse les compromis mais se heurte sans cesse à un monde qui va trop vite et dans lequel tout semble avoir un prix.
Car derrière les jalousies, les histoires de couple ou les disputes familiales, le film raconte aussi cela : une société qui a tout misé sur l’argent et la réussite matérielle. Celle où il faut avoir les bons codes, les bons vêtements, le bon sac, sous peine d’être laissé sur le bord du chemin. Une société dans laquelle l’argent ne libère plus ; il contraint, il use et parfois il abîme.
Et puis il y a cette scène qui m’a profondément touchée. Moïse est sorti de prison. L’euphorie des retrouvailles passée, il découvre l’argent qui manque dans la caisse et met Shana dehors sans ménagement. La voilà seule, errant dans les rues de Paris, à la recherche d’un moyen de rembourser sa dette. Sans repères. À la merci de tout.
Et pourtant, je ne crois pas l’avoir trouvée plus forte qu’à cet instant.
Parce qu’elle n’a plus rien à protéger. Plus rien à sauver des apparences. Plus personne à satisfaire. Elle est seule, oui. Mais pour la première fois, peut-être, elle m’a semblé libre.
C’est peut-être ce qui m’a le plus émue. Car derrière ses colères, sa vulgarité, ses maladresses et ses blessures, Shana ne cherche finalement qu’une chose : trouver sa place et vivre dignement. Comme nous tous.
