AMHA (A Mon Humble Avis)

Parce qu’on vaut mieux que ça

Posted by Barbara GOVAERTS

Je trouve avec le recul que j’ai fait preuve de bien trop de bienveillance pour le film de Beigb. Non pas que je l’ai détesté non, mon tweet mis en ligne à la sortie de la salle montrait bel et bien un certain enthousiasme mais 2 jours après son visionnage, le soufflé est vite retombé.

Beigb fait du Beigb (alors je vous l’accorde je déteste ce genre de saillie qui veut tout et rien dire) mais derrière cela je veux dire le manque de prise de hauteur sur un sujet pourtant important car impactant tous les aspects de notre société : le cynisme. Je veux dire également ma déception face à un Beigb qui ne me semble pas avoir trop avancé d’un iota depuis… la sortie de son livre en 2007. Ou est-ce moi qui suis devenue trop vieille pour ces conneries (!), je ne sais pas.

Toujours est-il que son film m’a très moyennement emballée. Ce que je plaçais à l’époque (lorsque j’ai lu le livre Au Secours Pardon à sa sortie) comme étant le summum de la rebel et de la rock attitude – ce cynisme justement – m’apparaît aujourd’hui comme étant quelque peu léger.

Quid de la critique d’un système (aussi bonne et juste soit elle) lorsqu’on emploie justement les usages dudit système : c’est fun de critiquer les dégénérescences du capitalisme et de valoriser les idées du communisme…mais ça te / nous mène où ? Ici, nulle part.

Beigbeder est passé maître du bon usage du cynisme et c’est justement en cela qu’il me plait, m’a plu. Mon amour pour lui n’est pas totalement avarié mais pas loin. Je demande du renouvellement.

L’idéal est donc présenté comme étant la suite de 99F (film de Jan Kounen qui portait à l’écran le livre du même nom de Fred Beigb). Et il est clair que L’idéal souffre de cette comparaison au final. Si 99F est désormais culte,  j’ose dire que cette pâle copie / suite n’apporte pas grand-chose au sujet (l’enfer de la mode : oh oui ils sont méchants dans la mode, c’est pas bien) ni au propos (le cynisme et l’asservissement de l’humain).

C’est assez marrant de voir à quel point les deux films actuellement à l’affiche évoquant le monde de la mode et son cynisme – j’ai nommé L’Idéal et The Neon Demon – tombent dans les aléas mêmes du sujet qu’ils traitent : fadeur, fausseté et légèreté.

Cela dit, l’Idéal jouit de saillies et de fulgurances très plaisantes comme par exemple cette scène où la toute nouvelle égérie L’Idéal est présentée au « monde » et que la cérémonie prend un tournant tout autre. Là, je me suis envolée !

Mais au fond pardon, mais c’est du réchauffé, du déjà vu dans 99F justement.

Sinon, la grande et belle trouvaille du film est Jonathan Lambert qui excelle dans son rôle de papesse de la mode frenchy. Il met tant de conviction, de fougue et de justesse dans son rôle qu’il en est épatant. C’est cela justement que j’attendais du film de Beigbeder. Il parvient à chaque instant à trouver le juste milieu et il donne tout mais jamais trop. Et surtout, il ne tombe pas dans le panneau de ce que son rôle / le film entend dénoncer. Il sert son rôle sans le caricaturer.

Audrey Fleurot insuffle également une bonne énergie mais peine justement à ne pas entrer dans la caricature et force souvent le trait.

J’ai l’impression au final que :

  • Beigb cherche à faire rire ses 2 ou 3 potes dans le milieu (et règle de base dixit Duller, ça ne doit jamais être l’effet escompté de quelque projet qu’il soit)
  • Beigb se prend un peu les pieds dans le tapis car au fond : on aime qu’il dénonce ce cynisme mêlé à la fausseté totale de ce « milieu » mais n’en joue-t-il pas au fond ? Ce style « je joue sur les deux tableaux » me laisse pantoise et on sait jamais à quel niveau de l’attirance ou de la répulsion il se situe
  •  La plus grande rébellion du siècle serait donc de se retirer sur les bords de la Volga et d’y vivre en calbut avec ses amis et amants . Soit.

Au final, l’Idéal se veut subversif lorsqu’il est quasi guimauve. Sans tomber dans le « c’était mieux avant » qui soyez en sûrs, m’insuporte, là tout de même on est loin loin des coups de gueule et autres critiques acerbes de société et du « système » des décénnies passées. Quelle douceur ce Beigb.

 

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