La vérité

La vérité

Je me souviens avoir entendu parler de ce projet de film alors que je rentrais de Cannes, c’était en mai 2018 et Kore Eda remportait tout juste la palme avec son Affaire de famille qui m’avait, comme presque chacun de ses films, touché au cœur.

C’est que Kore Eda a un grand amour pour le cinéma, il est prégnant dans ses films, et un grand amour pour les enfants qu’il filme magnifiquement bien. Avec une douceur que je n’avais jamais vraiment vue à l’écran avant de découvrir ses films.

Ce nouveau film, son premier tourné en France, en français, avec un casting majoritairement français, est une gageure pour lui, réal japonais qui ne parle ni vraiment bien anglais ni un mot de français. Comment alors diriger ses acteurs sans maîtriser ni les codes sociaux d’une culture somme toute différente, sans pouvoir verbaliser ses intentions ? La magie du cinéma dans toute sa splendeur surgit alors dans son film qui nous dit tout à la fois les dessous du tournage d’un film aussi bien que les tensions qui peuvent surgir au sein de la relation entre une mère et sa fille (passé l’âge de l’adolescence !) ou encore les desiderata d’une femme sans doute passée à côté de pas de choses à cause d’une trop grande vanité.

Mais commençons par dire que cette Vérité est une comédie, et gosh qu’il est jouissif de voir la divine Catherine Deneuve – qui incarne ici une grande actrice française en plein tournage – débiter vannes sur vannes sur ses consœurs (la meilleure étant celle sur BB !) Quelle immense actrice que notre CD qui jubile ici dans son jeu et prouve (s’il le fallait) qu’elle est advenu à un stade de sa carrière où elle peut tout faire et se jouer de tout. Une extase de la voir prendre autant de plaisir à jouer, à être, à dire un texte.

Rien qu’en cela, le film tout entier a trouvé sa tonalité et est un vrai film de cinéma sur le cinéma. Il montre l’autre côté du miroir pour nous faire réfléchir à ce que le cinéma dit de la vie, à ce qu’il a comme impact et comme répercussion sur la vie.

La vérité, c’est également un réalisateur qui filme une petite fille, jolie comme un coeur mais encore magnifiée par cette once de malice et ce charisme (non, il n’attend pas le fil des ans, cette petite prouve qu’il peut-être présent dès le plus jeune âge) qui font d’elle un membre clé de cette famille quelque peu dysfonctionnelle. Elle est présente et bien là même dans les moments où la caméra ne la fixe pas forcément… La classe et l’œil de Kore Eda qui balaie toujours du coin du regard chacun de ses personnages.

La délicatesse de cet homme !

Enfin, ce film est bien évidemment le face à face entre Catherine Deneuve et Juliette Binoche qui se place naturellement dans les pas de la grande Catherine. Juliette n’a déjà plus besoin de prouver son talent et a largement gagné sa place dans le palmarès des plus grandes actrices françaises. Le film donne alors lieu à un jeu de rôle fabuleux entre deux très grandes comédiennes.

Une jolie réflexion sur le faux semblant du cinéma. Tout est vrai et tout est faux.

Subtile et jubilatoire.