Festivals de Cinéma

Festivalière for a day*

Posted by Barbara GOVAERTS

« Ah Deauville » comme le disait si bien – en français dans le texte – Patricia Clarkson lors du discours qu’elle a déclamé hier soir à l’occasion de l’hommage qui lui était décerné.

Il est vrai que cette ville a un goût particulier de douceur, de bien être. Disons le, j’ai découvert cette ville grâce au Festival et j’aime qu’elle nous offre à la fois cette douceur de vivre en bord de mer et cette sélection des meilleurs films américains du moment.

Oui, définitivement je découvre chaque année des pépites à Deauville.

Ma présence sur place est toujours express (le dernier samedi du festival et ce pour la 4ème année consécutive) mais emplie d’enthousiasme et de plaisir. C’est bel et bien pour « l’amour de l’art » que je parviens à m’extirper du lit à 6h pour aller prendre le premier train, ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas vraiment ce que l’on peut appeler une personne matinale !)

J’ai désormais mes habitudes sur place, à peine le train arrivée en gare que je me dirige (sous la pluie) vers le CID pour récupérer mon pass journée réservé au préalable pour ensuite me faufiler dans la file de ce qui sera mon premier film de la journée dans la grande salle du CID justement (celle où sont organisées les cérémonies officielles d’ouverture et de clôture).

Le bonheur mélé à l’excitation reviennent à la seconde où j’entre dans la salle et trouve ma place parmi les autres festivaliers.

Le premier film vu n’est autre que Les Cow Boys dont j’avais entendu parler à Cannes en mai dernier sans m’y intéresser plus que cela. C’est tout juste si je savais qu’il s’agissait du premier film de Thomas Bidegain (le co-scénariste de Jacques Audiard sur Un Prophète, de rouille et d’os). Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. J’étais de surcroit étonnée que ce film, français, soit présenté à Deauville temple du cinéma US mais c’etait sans savoir qu’il avait été récompensé par le prix d’Ornano. NDLR : chaque année, le festival de Deauville remet un prix à un premier film quelle que soit sa nationalité.

Les cow boys donc raconte l’histoire d’une famille de la classe moyenne française. Le papa, la maman, le fils et la fille, tous fan de country assistant à des festivals « westerniens ». On sent l’amour qui unit ces quatres personnes. Un jour, la fille part sans prévenir, c’est tout juste si elle laisse une lettre adressée à ses parents en leur demandant de ne pas la chercher. Elle est partie avec son copain. En fouillant un peu, ses parents découvriront qu’elle s’est enrôlée dans l’islam radical. Le film m’a cueilli à froid, j’étais à mille lieues d’imaginer que le film prendrait cette tournure, d’autant plus que le père est incarné par François Damiens, passé maître ès « bouffonneries » et autres loufoqueries. Le moins que l’on puisse dire est qu’il trouve dans le rôle de ce père qui dévoue sa vie à la recherche de sa fille aimée, un rôle à l’opposé de ceux qu’il a joués jusque là : empli de force, de densité, de tristesse et de désespoir.

Ce que j’aime dans ce film c’est qu’à aucun moment il ne traite le sujet de façon racoleuse. Le sujet de l’islam radical peuple déjà assez nos journaux et ce, de façon assez creuse si je puis me permettre, c’est un sujet complexe disons le et j’ai aimé que le film ne cherche jamais à expliquer les choses et à trouver des pseudo réponses. Le film pose son curseur sur l’humanité de ce père et de ce frère dont le seul but est de, si ce n’est retrouver leur fille / soeur, s’assurer de son bonheur. Ce qui est beau par ailleurs est que cette affaire au départ bien triste, emmène ces hommes vers un destin et des expériences qui étaient jusque là totalement en dehors de leurs projets de vie. Ils sont amenés à rencontrer des cultures, des personnalités dont ils ignoraient tout, en cela le film porte bien son titre : c’est bel et bien un film de cow boys, rustre en l’état mais fort en perspectives.

J’ai ensuite directement enchainé avec un film en compétition dans la salle du cinéma du Casino. Ah le plaisir des séances à la chaine. Je suis bel et bien dans mon élément !

Dope est un petit bijou. Sous couvert d’évoquer un sujet encore taboo dans notre Amérique moderne – le racisme et le déterminisme social – (OK ça fait 2 sujets), ce film met le doigt sur un point clé du cinéma. Doit-on forcément faire un film dur, noir, tendu pour évoquer ce type de sujets sociaux ? Dope répond haut et fort que, non.

On peut injecter de l’humour et de la légèreté et appuyer le propos encore plus fort qu’avec de la noirceur. Ce film est génial ! Le jeune acteur principal a un charisme fou et le réal parvient à tenir son film avec brio. On suit donc le quotidien de Malcolm et de ses deux amis, tous les trois fan des années 90 tant pour la musique de cette décénie que pour sa fashion. Tous très bons élèves, ils espèrent intégrer une très bonne fac (pourquoi pas Harvard). Ils se tiennent éloignés des dealers de leur hood jusqu’au jour où, à cause d’un malentendu, ils vont se retrouver à devoir écouler un stock de drogue. Leur côté futé et intello fera t-il la différence ? Ce film évoque donc bel et bien, comme je le disais en introduction, la question du déterminisme social, à savoir : est-on forcément « condamnés » au succès dès lors que l’on vient d’un milieu social privilégié et au contraire, forcés à l’infortune si l’on vient d’un milieu populaire, pauvre et disons le : noir.

Dans l’ère Obama où l’on sait désormais que la question du racisme est encore et toujours au coeur de la société, ce film jette un nouveau pavé dans la marre et nous prouve que l’on est jamais ou tout blanc ou tout noir et qu’il est si ce n’est ridicule, en tout cas inutile et impossible de mettre les gens dans des cases.

Je vous passerai ensuite les détails de mon dèj pris vers 16h00 (ah la vie décalée des festivaliers !) au bar du soleil en bordure de plage, de ma balade sur cette même plage alors que le soleil était de retour pour notre plus grand plaisir à tous et des quelques photos réalisées sur les célébres planches.

Définitivement, Deauville est une ville qui ne me lasse pas et un festival qui m’enchante chaque année d’avantage.

* Festivalière d’un jour

 

 

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