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Cannes à Paris : troisième !

Posted by admin

 

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Me revoilà donc, poursuivant ma traversée Cannoise dans les cinémas parisiens.

Au programme d’hier Only God Forgives, le dernier opus du danois désormais célèbre depuis la sortie de Drive – Et oui, je vous laisse admirer ma parfaite coordination avec l’organisation du Festival puisque le film était présenté hier en compétition officielle.

Tant qu’à vivre Cannes depuis Paris autant faire en sorte que la coordination soit parfaite !

Bon déjà je vous mets au parfum : Ryan n’était pas plus à Paris qu’il n’était à Cannes : il semble avoir boudé la France pour rester sur le lieu de tournage de son film. Il n’aura donc pas pu vivre les sifflements du public à Cannes, sifflements entendus à l’issue de la projection.

Alors, point de sifflement dans la salle parisienne que j’ai fréquentée hier mais des soupirs, des signes de déception et surtout d’incompréhension et de malaise. Il faut dire en effet qu’Only God Forgives dérange.

Une nouvelle fois, et conforme à l’attente que l’on pouvait s’en faire, le film tient surtout à sa réalisation léchée et à sa mise en scène. Chaque plan est pensé, réfléchi au milimètre près. Les couleurs sont sublimes, les dialogues (qui doivent tenir sur 3 pages tout au plus) ne semblent venir qu’en support. Ce ne sont pas les mots qui priment mais bel et bien l’aspect visuel du film, ces corps en mouvement, ces actions inachevées, ces non dits… Tout cela contribue à l’ambiance morbide et angoissante de ce thriller bien musclé.

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Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling sur le tournage d’une scène de Only God Forgives

Ce rouge qui innonde l’écran dès les premières secondes, cette lenteur, ce calme forcément annonciateur de tempête sont à l’origine de cette atmosphère macabre et douce à la fois. 

Certes, je ne pouvais pas trouver plus antagonistes que les adjectifs « macabre » et « doux » et c’est justement la raison pour laquelle j’ai décidé de les employer car ils expriment à eux seuls toute l’intensité du film.

Ce film est un mix de douceur, de lenteur et de violence extrême. Disons le, le réalisateur est sadique ! Il s’amuse à nous plonger dans 1h30 de terreur continue entrecoupée de scènes de karaoké à la douceur et aux paroles sucrées comme des bonbons. 

Le douche écossaise cinématographique dans toute sa splendeur !

A ce titre je me dis que les fans d’action excités par le « Wanna fight » (tu veux te battre ?) de Ryan dans la bande annonce seront sans doute déçus. Au même titre que Drive n’était pas un film de courses poursuites en bagnole, OGF n’est pas un film de baston.

Les acteurs sont bons. Mention spéciale à Kristin Scott Thomas qui tire son épingle du jeu dans le rôle puant de cette mère castratrice que l’on imagine incestueuse. Cette sorcière, froide, vulgaire et méchante… Le rôle n’était pas facile et aurait vite pu tourner au ridicule. KST l’incarne parfaitement et avec une grande justesse.

Ryan ne brille pas dans ce film à mon sens mais fait ce qu’il sait faire. Il joue le mutisme comme personne et endosse le rôle de ce jeune homme faible et soumis à la volonté de sa mère avec tendresse et retenue. Il a quoiqu’on en dise un charisme assez surprenant.

L’acteur « au sabre dans le dos » est d’une puissance assez bluffante…

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Le tout donne un film à la symbolique très forte : la puissance des uns, la soumission des autres… mais ne dicte aucune règle au final. Le film semble ne rien dénoncer de précis si ce n’est la violence extrème d’un monde en perdition dans lequel plus aucune règle, plus aucun repère ne sont assez forts pour garder foi en quelque chose.

La dernière scène entre la mère et le fils est, comment dire, à l’image du film : à la fois très esthétique, immonde à regarder, forte de sens et subtile.

On pense à Tarantino pour l’usage décomplexé de l’hémoglobine même si la façon de filmer et la force de suggestion sont tout à fait différentes et l’on pense aussi, bien sûr, au Elephant Man de David Lynch.

Sans aucun doute, Nicolas Winding Refn a trouvé sa voie avec ce type de réalisation… Il a sans doute également trouvé son public, dont je fais partie. Je lui reconnais le mérite de nous livrer des films que l’on ne voit pas ailleurs, sobres et simplistes de part les dialogues et les thèmes choisis mais lourds de sens et artistiquement sublimes. Mais bon sang ! On a vraiment intérêt à avoir l’estomac et le coeur bien accrochés !

 

 

 

 




2 thoughts on “Cannes à Paris : troisième !

  1. Mam

    J’attendais avec impatience ton avis… Découverte d’hier soir (j’avoue que les sifflements à Cannes plus que la bande annonce m’ont donnée envie de voir le film)

    Je rajouterai un soupçon de Shining et une bonne poignée de Lynch dans la série Twin Peaks…
    J’ai fermé les yeux sur pas mal de scènes mais j’ai vraiment aimé !

    Mem

  2. Barbara

    aie je ne connais pas Twin Peaks (de nom bien sur mais jamais vu) et ne puis donc comparer. Quant à Shining… let me think ? oui c’est vrai, il y a quelque chose mais je n’y avais pas pensé.

    j’ai en effet omis de dire que j’avais aussi fermé les yeux à quelques reprises… c’est pas pour les sensibles, c’est certain

    merci pour ce nouveau com 🙂

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