La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet

En compétition pour la palme d’or
Tout juste arrivée me voilà déjà déposant mes affaires et récupérant mon accréditation, mon sésame en Gare Maritime. Direction ensuite ma première projection. Le film du jour en compétition. Un film français d’une réal dont j’ai aimé le précédent film Les amours d’Anais. Je l’avais trouvé très libre dans sa façon de dire le désir, l’envie ou pas du couple, d’avoir le choix total de sa vie.
La toute première projection cannoise est toujours emplie d’une certaine émotion. Émotion de retrouver ces salles, ces sièges assises au fond desquels on a ressenti tant d’émotions, vécu tant de choses au fond ! Ce générique cannois, ces attentes, ces applaudissements, cette énergie cinéphile bien particulière. C’est chaque année un vrai plaisir retrouvé. Un temps à part.
Ce film donc, le premier que je découvre à Cannes 2026, c’est déjà cette scène. Celle de laquelle la photo que j’ai choisie pour illustrer cet article est extraite.
Un spectacle de danse contemporaine avec une scénographie que je n’avais encore jamais vue. Les spectateurs sont debout dans la salle et avancent au rythme entrainant des pas des danseurs. Cette scène m’a éblouie. Elle marque le rapprochement entre les personnages joués par Léa Drucker et Mélanie Thierry. Et l’alchimie qui se fait aussitôt. Les masques qui tombent enfin.
Léa Drucker trouve à nouveau l’occasion de dire son réel talent. Je sens le sérieux qui est le sien, en ce sens où je ne doute pas du travail effectué en amont pour préparer ses rôles. Mais, et c’est surtout à cet endroit que tout se joue, je sens aussi son naturel désarmant, sa capacité à donner beaucoup à la caméra, à se délester de ce qui ne servira pas son personnage et au contraire, à valoriser ce qui lui donnera de l’étoffe. Outre le fait d’être à chaque instant et à chaque endroit juste (la moindre des choses pour une actrice me direz-vous), il se dégage de son jeu, de sa personne, une vérité qui me touche. Elle est son personnage avec fougue, avec intérêt, avec affection.
Ce film illustre et vient travailler divers sujets marquants, qui, de surcroit, me touchent et me parlent particulièrement. Le choix ou pas de la maternité, l’aide aux parents vieillissants, les choix de carrière pour ne citer qu’eux et la place que l’on donne à son travail.
La réalisatrice fait le choix de traiter ces sujets sociétaux, et humains, de façon peu banale. Avec une vraie fougue qui vient bousculer les idées reçues qui voudraient que l’on plaque les choses, nos idées, nos actions… Or nos choix sont-ils seulement le reflet de notre vie passée, de notre histoire de vie ? Sont-ils toujours conscients, voulus, maîtrisés ?
J’aime que nous allions sur cette voie. Le film dit surtout à mon sens les petits accords que nous mettons en place avec nous/mêmes, bien souvent pour nous rassurer…
Gabrielle vit une vie chronométrée. Elle est chef du service de reconstruction maxilo-faciale dans l’hôpital public de la ville où elle vit. Elle est passionnée par son métier qu’elle exerce avec soin et maitrise. Elle vit à mille à l’heure et est de ces femmes qui parviennent à tout mener de front : carrière, vie de femme, famille, amis.
Jusqu’à ce que la vie mette sur son chemin l’élément perturbateur, l’élément vivant qui saura la révéler à elle-même.
Car vit-elle véritablement la vie qui lui convient et dont elle a envie ?
Le film touche la corde sensible en désacralisant le modèle de la femme épanouie et « en charge ».
Car derrière toute cette précision, toute cette maitrise se cachent des failles. Normal, elle est humaine.
C’est très beau. Et Léa Drucker m’épate.
Histoires parallèles de Asghar Farhadi

En compétition pour la palme d’or
Juste le temps de passer au Majestic récupérer au booth Meta l’enveloppe qui m’attend, mise de côté par Chloé, enfiler ma robe longue noire, mes talons et me voilà foulant le tapis et montant les marches du Palais pour découvrir l’un des premiers films présentés en compétition.
Toujours se méfier des films aux castings 5 étoiles. Toujours se méfier des films européens de ce cher Asghar Farhadi.
Ils me decoivent systématiquement (Le Passé, et ce film dont je n’ai même pas envie de retrouver le titre avec Javier Bardem et Penelope Cruz).
Sur le papier, ce film a tout pour me plaire.
Sauf qu’il m’a déplu par sa platitute et son envie de trop en faire.
C’est assez incroyable car tout est bon, mais rien ne fonctionne vraiment.
Ce rôle d’autrice en manque d’inspiration, cloitrée dans son appartement parisien, donné à Isabelle dont elle ne fait pas grand chose, en passant par le talent de Virginie Efira si peu exploité ici pour ne pas parler de celui d’India Hair ou encore Catherine Deneuve.
Reste Vincent Cassel qui trouve ici un rôle qu’il incarne avec brio, et Adam Bessa qui me donne clairment envie de m’intéresser à lui tant sa présence est forte, douce, réelle.
Reste aussi cette belle reflexion sur nos pas, qui disent tant de nous, et nous singularisent totalement.
Ce film reste pour autant une sorte de magma un peu nébuleux, très verbeux… pour dire quoi au juste ? On ne le sait toujours pas.
Reste enfin la chance d’avoir vu ce film lors de sa présentation officielle le jour de mon arrivée donc (merci Chloé !)
Plaisir de me savoir dans la salle avec ce beau casting 5 étoiles.
Cannes c’est parti !
