Festivals de Cinéma

Une journée ciné à Deauville

Posted by Barbara GOVAERTS

Depuis le 28 août dernier j’avais quelque peu déserté les salles de ciné faute de films qui me donnaient réellement envie.

Cette petite cure privative n’a fait que décupler la sensation de bonheur intense que j’ai vécu ce samedi à Deauville. Si vous me suivez depuis au moins un an, vous saurez que j’ai pris pour habitude (et je n’aime pas vraiment les habitudes !) d’aller passer une journée à DeauDeau pendant le festival histoire de voir de quoi l’on parle et ainsi rester dans le ton.

Je n’ai donc pas failli à cette règle, pour un résultat 100% bon cinéma.

Pour info ou rappel, le festival de Deauville est le festival du cinéma américain et fêtait cette année son 40ème anniversaire.

40 ans de cinéma US indépendant, de qualité, bien calibré, peaufiné et bien choisi.

Retour sur cette journée de pur bonheur made in cinéma US, made in Deauville.

4 films pour fêter la 40ème édition de ce chouette Festival ouvert à tous, au grand public comme aux professionnels du milieu : de quoi déchainer les passions de chacun et chacune.

Avant d’entrer dans le détail des films que j’ai vus, je peux déjà vous dire que des sujets sociaux s’en dégagent très clairement. Des sujets qui résonnent aussi bien aux US que chez nous tels que la crise économique, la récession, le féminisme…

Things people do raconte l’histoire de cet homme « bien sous tous rapports ». Marié, jeune, père de deux enfants adorables qui perd son travail du jour au lendemain et se retrouve obligé de trouver de l’argent via des moyens illégaux. L’engrenage est tel qu’il ne trouve pas les mots pour en parler à sa femme et en arrive à braquer des petits commerces et à voler des personnes rencontrées au gré de ses périples quotidiens. Oui le sujet a déjà été traité, vu et archi vu. J’ai eu cette sensation sans pour autant que cela ne vienne ternir le plaisir que j’ai eu à voir ce film, bien rythmé et joué. Le propos est intéressant et l’écriture du film parvient à évoquer la difficulté sociale dans laquelle chacun d’entre nous peut se retrouver à tout moment de son existence. Dit comme cela ça fait froid dans le dos mais le réalisateur semble vouloir nous mettre en garde, via ce regard final (dernière scène du film) de l’importance et de la portée de nos actes.

Infinitly polar bear est mon coup de coeur de ce festival, n’y allons pas par quatre chemins. Présenté en avant première au festival par la réalisatrice et sa propre fille à qui elle a offert un des rôles principaux, ce film est d’une douceur extrême, d’une sincérité presque perturbante et d’une vivacité que j’aimerais voir chaque mois, chaque semaine, chaque jour, au cinéma. Ce film raconte l’histoire vraie de la réal qui a grandi avec un papa diagnostiqué maniaco-dépressif (Mark Ruffalo) et dont la maman (Zoé Zaldana) a fait le choix de partir pour NYC (le film se déroule à Boston) afin de reprendre des études de droit et décrocher un travail digne de ce nom. Car dans cette famille qui compte deux petites filles (10 ans environ) l’éducation est primordiale, à la base de tout. Bien que chaotique, l’équilibre familial repose sur des principes très forts qui font justement la force et la pérénnité de ce cocon, cette cellule familial(e). Les acteurs sont géniaux, tous, la période (les 70’s) est parfaitement représentée et une grande délicatesse parsème tout le film qui vient nous redire la difficulté de faire sa place dans un monde d’hommes (il y est question de féminisme), dans un monde cadré qui demande à chacun de rentrer dans le moule, dans les clous. Il est clair que la réal a souhaité rendre hommage à ce papa malade, qui a toujours mis un point d’honneur à viser juste dans l’éducation de ses filles. Hommage rendu également à cette maman qui a fait le choix difficile de s’éloigner de sa propre famille pour leur apporter le soutien « social » dont ils avaient tous besoin. Il est question de prise de décisions, de choix, de gestion d’autrui, de gestion de soi, d’amour, de partage, de maladie et de guérison au travers de l’amour qui transparait dans les yeux des siens. C’est franchement beau, profond et bouleversant. Je n’avais pas envie que le film se termine, signe s’il en est, de force et de justesse. Mon coup de coeur cinéma de ce festival.

Love is strange raconte l’histoire d’un « vieux » couple tout fraichement marié après 20 ans de vie commune. Sitôt le mariage prononcé, l’un des deux perd son emploi, se fait licencier. Faute de quoi, le couple se doit de mettre leur appart en vente, faute de quoi ils vont tous les deux se voir dans l’obligation d’être accueillis par des tiers (famille, amis), séparément. Le propos est assez spécial et on a du mal à imaginer que cela soit vrai et possible dans la « vraie » vie. Par exemple, une personne de leur entourage, vivant seule dans un grand appartement, propose de les héberger tous les deux. Seul hic : elle vit en dehors de NY : il semble alors impensable de proposer aux deux jeunes amoureux de quitter la ville tant ils sont citadins… Personnellement, j’ai du mal à y croire et à entrer complètement dans l’histoire. Le film évoque l’amour avec un grand A, l’amour qu’on ne peut vivre qu’à deux. Cette vie que l’on ne peut pas vivre seul. Pourquoi alors faire le choix de vivre dans deux aparts séparés tout cela pour garder un pied à NY ? J’ai eu du mal à comprendre. Il est donc question de cet amour qui consume, de ce manque qui brûle et de cette absence qui ronge. Le film est très évocateur de milieux artistiques au sein desquels la culture et la transmission sont les clés de voute de l’échange que l’on a en famille ou entre amis. C’est assez beau mais quelque peu prétentieux et trop appuyé pour faire un bon film à mon sens.

Alex of Venice pourrait être la suite des « aventures » de la famille de « Infinitly polar bear ». Alex est avocate, une avocate renommé d’à peine 30 ans, mariée et maman d’un petit garçon très mignon qu’elle a eu à 19 ans. Alex héberge son papa comédien, à une grande soeur envahissante et ne gère plus rien dans sa vie qui ne se résume à son activité professionnelle qui ne semble même plus lui fournir de satisfaction. Alex est un automate qui va voir son mécanisme chamboulé le jour où son mari lui annonce qu’il la quitte. Le monde d’Alex s’écroule : qui s’occupera donc de faire la cuisine ? C’est dire à quel point son couple ne tenait plus la route. Alex of Venice est l’archétype du cinéma US indépendant. Une jolie comédie familiale rythmée qui nous embarque dans de sympathiques péripéties à la fois drôles et touchantes. Voir Alex, cette jeune femme perdue, trop tôt confrontée à des réalités pour lesquelles elle n’avait pas forcément l’armure, revenir à la vie, à cette vie qui lui convient… Remettre de l’ordre dans ses relations, dans sa relation avec son fils et sa famille est une jolie petite merveille. Ce film est la parenthèse enchantée de la vie de cette jeune femme et la conclusion ravissante et tout aussi enchantée de ce que fut mon festival de Deauville 2014.

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