Une fille facile

Une fille facile

J’avais découvert Rebecca Zlotowski avec son « Grand Central » qui mettait en scène Tahar Rahim et Léa Seydoux dans un mélo dramatico-nocif donc la radioactivité m’avait prise au cœur.

Elle porte à l’écran, cette fois, la chronique estivale d’une jeune parisienne venue à Cannes fêter l’anniversaire de sa jeune cousine étudiante.

Cette jeune parisienne c’est Zahia. Sa présence à Cannes, et à l’affiche, à doublement fait coulé de l’encre. La réal fait le pari de la filmer telle qu’elle est pour questionner son image, son aura aussi mais surtout son image de jeune femme souvent qualifiée de superficielle et de facile (comme l’indique le titre du film).

Dans un conte rohmérien en tous points, (la plage, la voix off qui virevolte et nous emporte) Rebecca Zlotowski narre les aventures de cette jeune femme en fleur qui n’aspire à rien d’autres qu’à être vue et aimée d’hommes riches et beaux. La superficialité est à chaque instant questionnée et jamais le propos ne tombe à plat. La réal la regarde papillonner et regarde par ailleurs les autres parties prenantes parmi lesquelles sa jeune cousine en éclosion qui se demande si cette voie ne serait pas celle à suivre (cette vie semble si simple, légère et délicieuse) et les jeunes hommes qui usent de leur argent pour attirer la belle dans leurs filets.

Se pose alors la question de ce sur quoi repose l’attirance et interroge frontalement la notion de vulgarité. Qui de la jeune femme légèrement vêtue ou du bellâtre qui exhibe ses richesses est le plus obscène ?

C’est avec une grande légèreté que la réal fait virevolter sa caméra pour sonder la sincérité, la vérité qui émane de chacun des personnages. Elle tente d’extraire de leurs agissements toute la grâce qui leur appartient.

Zahia est elle-même et une certaine fraîcheur abonde. Attention, elle n’est en rien actrice mais le naturel avec lequel elle joue fait d’elle un certain aimant à caméra. Benoit Magimel est bon comme il l’a rarement été. Qu’il est agréable de voir en lui cette part douce et non la brute que beaucoup de réalisateurs s’évertuent à filmer !

Ce conte d’été est une réussite et m’a fait tournoyer ! Qu’il est bon de parfois casser les codes, casser les clichés. Suivons cette injonction à sortir des cases qui nous immergent, il semble alors que nous puissions y puiser une certaine vérité. La vérité de chacun. Et puis vive le romanesque et la sensualité au cinéma ! Surtout à Cannes.