AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Pleasure

Posted by Barbara GOVAERTS

Bella, toute fraichement débarquée de sa Suède natale, est à LA pour un but et un seul. Le plaisir.

Bien décidée à lancer sa carrière dans le porno, elle a de la suite dans les idées mais est-elle seulement suffisamment armée pour faire face à la dureté du milieu ?

Du haut de ses 19 ans et des certitudes qui sont les siennes, elle pense que le fait d’aimer le sexe lui suffira à faire carrière. C’est sans compter l’appui peu sincère des producteurs et autres professionnels du milieu – ils n’ont que faire du bien être des actrices, seul le résultat compte et la scène doit être tournée coute que coute – pour ne pas parler des autres actrices qui ne voient en leur « collègue » qu’une intruse à éliminer.

Le film met en lumière la rudesse de ce milieu pas forcément plus malsain qu’un autre mais abîmé de sa dualité intrinsèque. Difficile de mêler business / argent et sexe / usage du corps sans forcément atteindre des limites compliquées à gérer.

Le film avance, toujours, sur cette ligne. Il nous place dans une posture tout à fait claire et soutenable – gage d’un bon film, maîtrisé. Le parti pris est net : nous sommes face à un film qui parle de sexe et de porno sans jamais en utiliser les codes. Si de nombreuses scènes sont explicites, la caméra joue son rôle protecteur et nous invite à faire un pas de côté sur ce qui se trame. De l’usage de « l’objet cinéma » en mesure de dire et montrer un même sujet de mille et une façons possibles. Fascinant !

Cette plongée dans l’industrie du X, présenté à Sundance, récompensée à Deauville et également sélectionné à Cannes nous offre ce regard, féminin, à la fois sans faux semblant et rude et empli de délicatesse.

La jeune actrice qui incarne le rôle de cette jeune femme ambitieuse vaut pour beaucoup, elle oscille tout le film durant entre cette envie de bouffer le monde et cette industrie, et cette volonté de rentrer en elle même pour vite vite quitter ce monde de bruts.

Car le film dit tout du patriarcat qui mène ce petit milieu, ce fameux « male gaze ». Et quel meilleur moyen pour illustrer cela que la façon d’utiliser la caméra (on y revient !). C’est ainsi que Ninja Thyberg filme ses scènes d’une façon inédite en inversant la caméra et en prenant un angle différent pour montrer ce que l’actrice voit au moment des scènes.

Cette approche nous permet de voir à travers les yeux du personnage et cela donne du coffre au propos.

Ainsi, via ce concept, pas de jugement : le porno est ce qu’il est et le but n’est ni de le mystifier ni de le diaboliser.

Mais elle nous offre un regard autre sur cette approche de la sexualité. Pour nous rappeler qu’il convient à chacune et chacun d’inventer ses codes. Ceux du X sont standardisés. Et qui voudrait d’une sexualité, d’une vie marquées du sceau d’une industrie qui dicterait ses codes ?