AMHA (A Mon Humble Avis)

Polisse

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Voici venu le temps des rires et des chants…c’est avec cette chanson guillerette que commence Polisse, le dernier film de Maïwenn et vite, très vite…on déchante.

Non pas parce que le film est mauvais, loin de là vous allez le comprendre, mais parce que nous sommes mis face à une réalité très difficile à supporter. Polisse nous emmène à la rencontre de la BPM – non ce n’est pas le nom d’une énième banque, mais le sigle de la Brigade de Protection des Mineurs. Et c’est réellement en apnée que nous allons partager le quotidien de ces victimes et de leurs boureaux mais aussi le quotidien des équipes qui tentent de gérer au mieux ces affaires.

Viols, pédophilie, enfants maltraités et exploités (par leurs parents bien souvent) : c’est face à cette misère sociale si forte qu’on aurait du mal à en imaginer les dessous, que le film est basé. C’est presque caméra au point que Maïwenn filme ses acteurs. Ce qu’il faut comprendre c’est que Polisse est un docu/film. On pourrait croire à un documentaire, car certes on lit dans tous les magazines qu’elle eu l’idée de son scénario en zappant et en tombant sur un reportage sur la BPM diffusé à la télé.

Elle est pourtant allée plus loin en réalisant un « vrai » film qui met en lumière à la fois cette réalité sociale, ce métier mal connu du grand public et des acteurs brillants dont toute la sensibilité vient éclater en 2H de bande.

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Une chose nous frappe déjà, cette propension qu’ont les collègues – cette bande de potes, de frères et soeurs presque – à rire entre eux, souvent et pas toujours au meilleur moment (cette scène juste hillarante où le groupe a un fou rire pour une histoire de portable !)

Le but est clairement de se défouler et d’exorciser l’horreur qu’ils gèrent au quotidien. Mais qui en dehors de ce même groupe pourrait comprendre ce qu’est leur quotidien et la dureté de ce à quoi ils font face chaque jour ? Cette scène notamment où la compagne du chef (Balou / Papa) lui fait remarquer, lors d’une enguelade, qu’il n’est pas le seul à gérer des situations difficiles au boulot, qu’elle aussi voit des « cas difficiles » dans la crèche où elle travaille. Alors oui certes les membres de la BPM sont loin d’être les seuls à cotoyer une telle misère mais clairement, qui peut imaginer ? qui peut concevoir ce qu’il se passe derrière ces murs en dehors de ceux qui y sont confrontés ? C’est en cela que le film est intéressant, sans jamais caricaturer (je ne suis au fond pas la plus apte à juger sur ce point mais il me semble qu’il n’y a aucun parti pris ni aucune volonté de caricaturer), Maïwenn réussit le pari de traiter d’un sujet fort de façon tout à fait juste et humaine sans jamais verser dans le misérabilisme. L’horreur est là, elle est montrée et racontée et toujours insuportable (ces enfants séparés de leurs parents pour x raison, ces enfants meurtris à vie par des adultes irresponsables et malades) mais jamais surjouée.

C’est même à se demander comment tous ces acteurs – et je parle ici de ceux qui jouent le rôle des victimes et donc d’acteurs novices et jeunes – peuvent être si bons (mention spéciale à cet enfant séparé de sa mère et placé en foyer : qui a réussi à m’extirper de grosses larmes). L’explication est limpide : ils ont une réalisatrice qui a su les mettre en confiance.

C’est donc toujours en bande que le groupe se déplace : jamais seuls pour recueillir la plainte d’une victime et encore moins pour partir en mission. Et même en dehors de leurs heures de travail, c’est ensemble qu’ils mangent des kebabs et qu’ils vont en boite. Magnifique scène d’ailleurs que cette scène qui montre clairement le besoin qu’ils ont de se défouler. Cette soirée en boite voit également la naissance de l’histoire d’amour entre Fred (Joeystarr tellement drôle et touchant ! A croire qu’il n’y ait que Maïwenn qui soit capable de le mettre à nu) et Mélissa (Maïwenn elle même qui s’est offert un rôle mais reste quelque peu en retrait dans ce film en jouant le rôle d’une photographe qui va suivre le groupe au quotidien).

Pour en revenir à la relation au sein du groupe, les liens amicaux sont donc très forts et par conséquent les engueulades le sont également ! je n’imagine pas parler à mon boss ni à mes collègues comme ils le font – les situations qu’ils gèrent semblent parfois tellement désespérées que les nerfs lâchent et que les mots dépassent leurs pensées (cette scène où Joeystarr s’en prend à Mélissa ou encore à son chef – je pense aussi à la violente dispute entre Karin Viar (excellente surtout lorsqu’elle craque et s’exprime enfin lors de cette scène) et Marina Fois (tout en colère et rage contenus dont on perçoit le mal être à fleur de peau). Oui, tous sont à fleur de peau, tous sont « abimés » par la misère qu’ils cotoient chaque jour. « Blindés » certes mais certainement pas plus forts.

La fin du film, à laquelle on ne s’attend d’ailleurs pas du tout, est très forte de sens : tous luttent pour offrir à ces enfants une meilleure vie et le film est positif en ce sens, certains s’en sortiront – mais certains membres du groupe, trop abimés pour continuer, se résigneront… 

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Brutalité donc, violence extrême et misère sociale mais douceur, tendresse et surtout une très belle vision de notre société qui se trouve en péril mais pour laquelle des groupes de personnes trouvent encore la force de lutter.

Maïwenn, dont l’enfance nous le savons, a été teintée de violence, parvient à retranscrire une réalité tellement difficile qu’elle ne peut nous laisser insensibles. Elle parvient avec brio à traiter d’un sujet qui aurait pu être racoleur ou encore tendancieux mais avec une telle subtilité et un regard tellement doux qu’on sort de la salle avec un regard neuf sur notre société.

Mieux qu’un documentaire, Polisse nous informe ET nous offre un merveilleux moment de cinéma dans lequel les acteurs se donnent corps et âmes.

 

 


 

 

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