AMHA (A Mon Humble Avis)

Madre

Posted by Barbara GOVAERTS

Comment qualifier, définir et décrypter la relation qu’entretient une mère avec son enfant ? Avec son fils ici en l’occurence ?

Une entreprise difficile, semble vouloir nous dire le réalisateur madrilène Sorogoyen, tant elle est complexe et multiple.

Il tente en tout cas d’en dresser le portrait dans ce 3 eme film qui m’a plu avant tout pour la délicatesse de ton qu’il emploie.

« Madre » narre l’histoire d’Elena, une jeune femme de 39 ans qui, 10 ans plus tôt a perdu son fils de 6 ans alors en vacances avec son père sur une plage du pays basque.

Le film s’ouvre sur cette séquence filmée dans un long plan séquence d’un quart d’heure au cours duquel la montée en tension est palpable et extrêmement bien jouée et tournée. Il s’agit d’ailleurs pour l’anecdote d’un court métrage qu’avait tourné le réal et auquel il a décidé de donner une suite avec ce long. Il invente alors l’histoire de cette mère aspirée dans un gouffre… en proie à une renaissance.

Car depuis le drame, elle longe la plage sur laquelle son fils a disparu avec l’espoir vague de le reconnaître, de le voir réapparaître. Elle traine sa misère comme on traine son fardeau. Elle vivote passant du bar où elle travaille à son clic clac qu’elle déplie chaque soir pour s’endormir seule devant la télé où elle est de temps en temps rejointe au milieu de la nuit par son copain routier de passage ça et là. Une vie plate, terne, sans surprise et surtout sans la possibilité de nouvelles souffrances ni déception, ce qu’elle ne pourrait supporter, on le comprend très clairement.

Mais un jour, alors qu’elle effectue sa pause sur la plage comme tous les autres jours, la surprise s’immisce dans son quotidien bien rôdé : elle croise alors, parmi un groupe de jeunes surfeurs, un blondinet bouclé qui l’interpelle aussitôt.

Lui fait-il penser à son fils ? Sans aucun doute. Et c’est bien à ce niveau là que se situe le niveau d’attraction. Elle voit en ce jeune homme de 17 ans l’adolescent que pourrait être devenu son fils aujourd’hui.

La rencontre a lieu et très vite, le trouble s’installe. Car Elena plait à Jean. Lui, jeune ado en vacances avec ses parents voit en cette rencontre la possibilité de vivre une (première ?) histoire hors du commun avec une femme plus âgée… la fougue des premiers émois amoureux. Du côté d’Elena les choses sont plus contrastées tant elle éprouve sans aucun doute une attirance pour le jeune homme qui la pousse dans ses retranchements et bouscule et éparpille son coeur jusque là bien barricadé.

C’est à ce niveau que se situe tout le film. Il vibre sur la corde très sensible des sentiments qui unissent Elena et Jean : des sentiments inqualifiables au même titre que leur histoire.

C’est là toute la délicatesse du propos et du film qui dit et illustre la richesse et la duplicité de certains sentiments qui nous envahissent et ne sont pas linéaires. Car en somme, la vie elle même est-elle jamais linéaire ?

Le réalisateur fait le choix du plan large (ils sont nombreux tout au long du film) pour faire vivre cette rencontre, la découverte entre les deux personnages, ce qui peut sembler étonnant de prime abord tant il cherche avant tout à illustrer la proximité qui les unit. Mais la force de l’incarnation du jeu des deux acteurs suffit à dire le trouble, la puissance du lien qui les lie, justement dans un environnement (filmé en plan large donc car il a son importance) hostile, qui cherche à tout prix à mettre un qualificatif sur cet attachement.

La relation d’une mère et d’un fils (et de son enfant au sens large) est avant tout une histoire d’amour. Une histoire de confiance, d’apprentissage l’un de l’autre, une histoire de prise d’indépendance et de retrouvailles… C’est cela même que donne à voir ce film qui ne se perd jamais en chemin et tient son cap : celui de donner vie à une relation entre une femme et un homme qui mêle plusieurs sentiments. Ce n’est ni une histoire d’amour maternel, ni une histoire d’amitié, ni une histoire d’amour, ni une histoire d’attirance sexuelle mais c’est tout ça également. Et c’est là que se niche la beauté du film.

Autrement racontée et montrée, cette relation serait vouée au cliché ou pire encore, serait de l’ordre du racolage tant il est complexe de mélanger certains sentiments. La maman (rappelons que le titre du film est bien « madre » : mère en espagnol) est une image pure, presque divine et personne ne veut la sexualiser encore moins lui accoler l’idée d’une relation incestueuse avec son enfant). Le réalisateur parvient à évincer ce malentendu pour ne garder que l’essence de la relation entre Elena et Jean.

Et ici c’est bien la pureté qui prime avec en son sein l’histoire magnifique d’une réouverture à la vie et à tout ce qu’elle a à donner.

J’aime avant tout que ce film dise la possibilité d’aller de l’avant de façon impromptue. On est parfois pris dans un quotidien bien huilé et peut-être un peu cadenassé qui laisse peu de place à l’imprévu et voilà qu’un jour, un jour comme les autres mais si différent à la fois, à une certaine heure la nouveauté prend place, l’inopiné, l’inattendu surgissent et avec eux la possibilité d’une réinvention et surtout la richesse de l’intrusion de l’autre dans notre vie.

J’aime également que le film dise que rien n’est linéaire et qu’il ne faut pas chercher à tout expliquer. Certaines choses sont de l’ordre de l’indicible, de l’inénarrable et il faut pouvoir les vivre sans avoir à en rendre compte. Un échange, un mot, une relation peuvent aider à panser les blessures d’une vie passée en redonnant la confiance que l’on avait perdue. (Mini spoiler) J’aime en ce sens plus que tout la scène du film durant laquelle Elena court rejoindre Jean qui l’appelle alors qu’il s’est enfui de la voiture de ses parents. Il semble alors qu’elle revit la même scène que le jour où son fils a été enlevé / tué. Mais la richesse de la séquence et de l’action tient au fait justement qu’il ne s’agit pas de la même séquence ni de la même action. Cette étape l’aidera sans aucun doute à faire son deuil (si tant est qu’on puisse faire son deuil face à un si terrible épisode de vie) mais l’action n’est pas plaquée sur la précédente…

De la subtilité des messages que nous envoie la vie !

Il est vraiment des rencontres qui nous enrichissent, nous sortent de notre confort et de nos habitudes pour nous faire grandir, vibrer et vivre pleinement.