AMHA (A Mon Humble Avis)

Le cinéma français nous parle

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On le lit partout : le cinéma français ne s’est pas aussi bien porté depuis longtemps. Avec les succès de la rentrée tels qu’un Heureux événement, La guerre est déclarée et surtout ceux de cet automne : The Artist, Polisse, et le désormais incontournable Intouchables – on comprend mieux pourquoi.

Je lisais même la chose suivante : plus les gens sortent enthousiastes d’une salle de ciné, plus ils ont tendance à y revenir : sans blague ?! ça pour une étude, c’est une étude ! Ajoutez à cela les offres de plus en plus alléchantes des cartes illimitée (frais de dossier à 1 euro au lieu de 30 sans citer aucune marque : je ne fais pas de pub !) On comprend bien l’attrait que représente le cinéma pour la majeure partie des français.

Un autre point à ne pas négliger est le pouvoir du cinéma qui agit tel un vrai remède anti crise. J’entends partout qu’Intouchables est LE film anti crise par excellence – je partage cette idée en ce sens où il met en lumière les notions qui nous font défaut aujourd’hui : la découverte de l’autre, le temps pris pour aller vers ceux que nous ne connaissons pas et qui nous semblent différents. L’humain est remis au cœur des scénarii et cela permet de réfléchir à ce qui fait réellement sens.

Si le cinéma ne devait avoir qu’un rôle, ce serait de résonner au plus près de la vie des gens. Certes le cinéma a pour but de nous faire rêver en nous emmenant dans une ambiance et un univers qui nous permettent de nous évader pendant 1h40 en moyenne mais il doit également nous permettre de nous associer à un personnage, un style de vie, un lieu…

Bon nombre de réalisateurs sont récemment parvenus à relever ce défi (Maiwen, Valérie Donzelli & Jérémie Elkaim, Toledano & Nakache, Robert Guédiguian…) dans leurs films respectifs si puissants qui nous ont, à plusieurs moments, permis de nous identifier en nous plaçant face à une réalité dont nous nous sentons proches.

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Guédiguian – même si son dernier film tombe parfois dans le très manichéen – en voulant nous faire comprendre par tous les moyens que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit…parvient à faire passer une réelle émotion et à nous toucher au plus près en évoquant les aléas de la crise économique et les répercussions qu’elle peut avoir sur la population qui en souffre le plus.

Les neiges du Kilimandjaro est un film social, un film de gauche disons le clairement. Il dépeint l’histoire et la vie de ceux qu’on appelait hier les prolétaires (ceux qui doivent travailler pour manger et vivre) : terme assez fort pour signifier les pauvres. Ces derniers sont vus aujourd’hui par une part grandissante de la société comme des gens de la petite bourgeoisie : en d’autres termes : pour un SDF sans ressource, un smicard est forcément riche. Le film dépeint donc justement le glissement qui a eu lieu et qui pousse certains pauvres à commettre des actes de désespoir, comme le vol.

Mais c’est là où le film a un parti pris assez fort  et peut  diviser : le mauvais n’est pas celui que l’on croit. Celui qui souffre le plus est-il défendable à tout prix ? Le couple joué par Daroussin et Ariane Ascarine (que j’aime définitivement plus de films en films !) vont tenter de comprendre ce qui a poussé ce jeune à les voler eux, « pauvres prolétaires » qui ont travaillé toute leur vie afin d’obtenir la tranquillité qu’ils ont aujourd’hui ?

Le film est assez juste et donne à réfléchir sur la nouvelle condition des pauvres et la place qui leur est donnée dans cette société qui semble ne faire la part belle qu’aux riches.

Enfin, le film est tiré d’un poème de Victor Hugo Les Pauvres gens, ce qui suffit à donner au film toute son intensité –  la culture est bien là et prouve que chaque société a les mêmes considérations et se doit d’avoir les mêmes priorités : aider les plus démunis et faire en sorte que personne ne soit en marge et que tous puissent trouver leur place.

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D’autres films font un flop en perdant le fil du sujet qu’ils souhaitaient traiter. C’est le cas de Mon pire cauchemar : qui peut croire à l’histoire d’amour entre ces deux-là. La bourgeoise coincée et frustrée (parfaitement interprétée par Isabelle Hupert) et le beauf à la culture graveleuse et de mauvais goût (parfaitement interprété par Benoit Poelvoorde). Le personnage joué par Benoit Poelvoorde passe tout le film à répéter qu’il aime les filles en chair et finit par je ne sais quel miracle dans le lit du personnage joué par Isabelle… et ainsi de suite. Autant on croit tout à fait à la belle rencontre de Driss et Philippe (Intouchables), autant là : ça ne passe pas du tout. Anne Fontaine nous avait bien plus gatés avec Entre ses mains qui reste d’ailleurs un de mes films préférés et qui nous montrait Benoit Poelvoorde sous un jour différent et tellement fort. On croyait dur comme fer à la passion de ce couple hors norme (La femme tranquille et sage et le noctambule névrosé). Là, nous sommes dans la vulgarité, et la simplicité – mélange qui ne fonctionne définitivement pas à tous les coups.

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Philippe Lioret est également en perte de vitesse avec son dernier film : Toutes nos envies et ne parvient pas à choisir entre les deux thèmes de son film : la lutte contre les sociétés de crédit et la maladie… Il se perd lui-même dans un scénario qui mêle histoire d’amour et aide des plus démunis – forcément le spectateur s’y perd aussi et la sauce ne prend pas – on ne parvient pas à se retrouver dans cette histoire « trop » : trop triste et trop compliquée et par contre, trop peu « vraie »… On ne sait plus pour qui on doit s’émouvoir : la femme endettée qui se retrouve à la rue avec ses enfants ou la jeune femme condamnée par la maladie. En voulant trop mettre l’accent sur la « simplicité » des personnages – ce qui est fait pour nous permettre de nous identifier – le film en vient à manquer de sincérité et le spectateur s’y perd. Je n’ai d’ailleurs pas été convaincue par les acteurs – hormis par Vincent Lindon dont la présence et la détermination viennent illuminer le film.

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Enfin, le tout premier film de Mélanie Laurent : Les adoptés – ne parvient pas à nous émerveiller ni à nous surprendre. On peut lui reconnaître le mérite d’avoir – déjà fait un 1er film – mais aussi d’avoir travaillé et soigné sa réalisation. De très belles images, des couleurs lumineuses et feutrées, des plans qui mettent en valeur la douceur des acteurs… mais une réalisation parfois un peu pompeuse avec des prises de vues « déjà vues » (la pose des amoureux « à la » Wong Kar Wai dans My Blueberry nights par exemple) – Mélanie nous donne l’impression d’avoir repris certains classiques du cinéma et de s’être inspirée de ses idoles… mais passons, on ne peut pas vraiment lui reprocher cela. Ce qui me gêne, c’est qu’une fois les lumières rallumées, le film ne m’a pas accompagnée. Je ne suis pas restée dans l’ambiance du film comme ce fut le cas pour Polisse et Intouchables… et j’aime ce sentiment, qui est selon moi le propre du cinéma.

Le cinéma français nous parle donc – il est là, bien présent et nous l’aimons malgré ses limites et ses maladresses. Il nous conduira d’ailleurs cette année encore jusqu’aux Oscars – avec The Artist selon les « parieurs ».

Le cinéma français ? un « petit » en passe de devenir bien grand…

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