AMHA (A Mon Humble Avis)

Jeunes filles en fleur

Posted by Barbara GOVAERTS

La scène d’ouverture déjà – qui s’allonge et s’étend – nous met dans l’ambiance et nous promet, sous ses abords douceureux et légers, des moments plus sombres. Cette forêt touffue, ces arbres emmêlés qui cachent le ciel et l’horizon… nous mènent au final jusqu’aux méandres de cette école de jeunes filles tenue par Nicole Kidman, oui enfin son personnage.

                                                                L’arrivée du caporal sème le trouble au sein du pensionnat

Dès le début le chaos est présent en la présence subite d’un caporal blessé (le film se passe pendant la guerre de sécession dans le sud des États Unis). Une des jeunes élèves du pensionnat alors qu’elle cueillait des champignons dans les bois (coucou la référence au petit chaperon rouge) est tombée nez à nez avec ce caporal et n’a pas trouvé d’autre option que de lui offrir l’hospitalité.

Dès lors, les rires confinés, les regards enamourés et autres roucoulades sont de mises. Comprenez que la présence d’un homme dans ces chambrés d’ordinaire uniquement peuplées de femmes vous change une ambiance. Il n’y en a pas une pour relever le niveau de l’autre, c’est d’ailleurs parfois un peu lourdingue quoique comique de voir ces hormones en folie.

                                           Un voile sépare la belle de son prince : la mise en scène est très (parfois trop) amplifiée*

Et puis survient un sursaut et c’est un véritable tournant que prend le film, pour mon plus grand plaisir car il faut dire que le déchaînement des pulsions de ces femmes commençait quelque peu à m’irriter. Bon sens du timing.

Tout s’emballe, les comportements changent. Point de minaudages, les vraies personnalités se révèlent et le style romantico gothique du film prend de l’ampleur. C’est entre pénombre et douce clarté que l’on suit l’intrigue qui monte en puissance pour finir sur un point d’orgue.

Si la mise en scène est parfois peu subtile (la toile d’araignée filmée en gros plan pour signifier qu’il est pris au piège par exemple),  il est clair qu’elle nous guide à chaque instant dans la compréhension de ce qu’il se passera dans la scène suivante bien qu’un certain suspens soit gardé : Sofia maîtrise son film de bout en bout et file la métaphore sexuelle avec délicatesse (les champignons et leur forme phallique, cette montée en puissance suivie d’un point d’orgue…)

Ces proies sont au final l’archétype du cinéma de Sofia Coppola passée maître dans l’analyse des pulsions féminines au cinéma. Ce film lui permet de trouver un nouvel angle, un nouvel axe pour traiter ce sujet qu’elle affectionne tant : la notion de féminité et la sexualité qui y est afférente.

Je lisais un article des Inrocks posant la question d’une possible accusation de racisme vis à vis de ce film très « blanc ». Si cet aspect ne m’aurait, je l’avoue, pas effleuré, c’est plutôt de puritanisme qu’il pourrait s’agir. Sofia excelle dans cette façon qu’elle a de traiter de choses très dures et crues sous des abords pur et doux. Derrière les prières, les belles robes et autres délicatesses se cachent des esprits chaotiques et malmenés.

Du danger du déchaînement des pulsions féminines.

                                                               A mi chemin entre Rembrandt et l’univers disney !

 

* Les film a reçu le prix de la mise en scène lors du dernier festival de Cannes

 

2 thoughts on “Jeunes filles en fleur

  1. Paule

    J’ai hâte de voir cette reprise

  2. Barbara GOVAERTS

    et moi hâte de découvrir l’original du coup !

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