AMHA (A Mon Humble Avis)

Etre et avoir été

Posted by adminBarbara

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On ne peut pas dire que je me sois ruée dans la salle de ciné la plus proche le jour de la sortie de Amour, afin de découvrir le film palmé par le jury du dernier Festival de Cannes.

Je dois également avouer que je m’étais bien gardée de voir le film lors de sa projection officielle à Cannes lui préférant un autre film présenté au même moment.

C’est vraiment par amour pour le cinéma, par respect pour le choix du jury et surtout par volonté de rester un minimum à la page que je me suis enfin décidée à prendre mon laisser passer pour 2h d’immersion dans le monde de Michael Haneke.

Alors justement, parlons-en du monde de Michael Haneke… j’ai encore en tête cette conversation avec une personne rencontrée à Cannes qui me disait que si le réalisateur filmait une fleur, l’accent serait forcément mis sur le coté flétri de la fleur en question et sur sa décacence prochaine. Tout est dit ! On a vu plus optimiste que ce metteur en scène qui a pour but de rendre hommage à la vie, ça je ne dis pas, mais aussi et surtout de nous montrer la vie telle qu’elle est, avec ses perversions, ses difficultés et surtout… sa durée, limitée.

Amour raconte l’histoire d’Anne et Georges, un couple d’octogénaires unis depuis de nombreuses années, qui va soudain être confronté à la maladie.

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Ce qui m’a frappé déjà c’est le lien qui unit ces deux personnes, on sent qu’une vie toute entière, ou presque, leur a permis de se rapprocher, de se connaitre, « de s’apprendre »… Il sont tel un miroir l’un pour l’autre, c’est là l’impression que j’ai eu en voyant ce film. Alors que la « bourgeoisie » de leurs sentiments leur impose une certaine distance. J’entends par là, le fait qu’il s’agisse d’un couple issu d’un milieu très aisé qui ne semble pas avoir passé leur vie à exprimer des sentiments forts et puissants, une grande partie de leur amour semble passer par une sorte de non dit, de distance, de pudeur tout simplement. Ou alors, le film nous rappelle tout simplement que l’on ne s’aime pas de la même façon à 30 ans qu’a 80 ans… c’est certain.

On sent bien d’ailleurs que leurs étreintes « forcées » lorsque Georges aide Anne à se déplacer suite à sa première attaque, ne sont pas naturelles… leur amour à eux, passait sans doute par autre chose, par d’autres formes d’affection. Par l’amour pour le piano par exemple. Ah oui, que je n’oublie pas de vous parler du piano qui tient une place clé dans le film et qui apporte sa douceur et son envoutement au film. Imaginez donc un film sans bande son, rien mis à part les dialogues, crus et bruts… Je vous assure que les rares instants de piano viendront comme vous envouter, vous réveiller à la vie, à une vie qui s’en va.

Car oui, c’est certain : le film n’est en rien gai ni joyeux. Il est à l’état brut, à mi chemin entre voyeurisme et compassion, et nous met, nous spectateur, dans une situation de gêne et d’inconfort tant il nous place face à une réalité, un réalisme même qui nous parle forcément puisqu’il est universel : la fin de vie, la maladie, la mort.

Pudeur et voyeurisme sont peut-être les mots clés de ce film et viennent ainsi exprimer toute l’ambivalence et toute la difficulté qu’impose le couple, le mariage. Je ne voudrais pas trop vous en dire, et encore moins vous « spoiler » en vous racontant le moment fort du film mais sachez en tout cas qu’il vient nous rappeler à quel point la vie nous demande de faire des choix, parfois cruels et égoistes mais aussi libérateurs et altruistes.

Amour vient en effet nous rappeler que l’Amour est à la fois égoiste, empathique et altruiste au possible, à l’image de la vie qui nous place sans cesse face à des contradictions extrêmes.

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Le film parle du couple certes – mais une autre personne vient former le triangle familial : leur fille Eva (jouée par Isabelle Huppert – pour moi clairement l’une des plus grandes actrices françaises, je pourrais la regarder jouer des heures durant tant elle me fascine). Et là, pas mal de chose m’échappent : j’aurais envie de dire qu’elle exprime la vie dans ce film, de part sa jeunesse et sa vie « moderne » et active mais je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est pas tant le cas en fait. Elle semble au fond perdue dans cette vie qui ne lui ressemble pas et dans laquelle elle a du mal à trouver sa place. Son rôle la place plus dans une position de spectateur passif. On se demande même quel lien l’unit à ses parents. Le manque de communication évident vient-il une fois de plus de ce carcan imposé par le milieu dans lequel elle a grandi.. on ne sait pas vraiment et c’est justement ce doute qui vient nous rappeler que nous sommes bel et bien face à un film dur et brut.

Pas d’empathie, aucune, jamais. La vie telle qu’elle est… l’amour en prime.

 

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