Moulin, En compétition pour la palme d’or

Quelle épreuve que ce film.
Je ne suis décidément pas sensible au cinéma de László Nemes, que je trouve esthétisant, démonstratif et parfois même profondément racoleur.
Le réalisateur pousse encore plus loin cette manière de filmer l’horreur dans une recherche permanente d’intensité. Le film monte progressivement en tension jusqu’à se concentrer sur le face-à-face entre Klaus Barbie, responsable notamment de l’arrestation et de la mort de Jean Moulin, et la figure du résistant français.
Et c’est précisément là que le film me met mal à l’aise. Non pas parce qu’il montre la violence ou la torture, certains sujets l’exigent parfois, mais parce qu’il semble les filmer avec une fascination esthétique qui finit par prendre le dessus sur le reste.
Oui, la mise en scène est maîtrisée. Oui, certaines séquences sont puissantes. Mais cette virtuosité même devient ici problématique à mes yeux, comme si le film cherchait moins à interroger l’horreur qu’à produire un effet de sidération spectaculaire.
Gilles Lellouche incarne pourtant ce résistant avec engagement et retenue.
Mais cela ne suffit pas à me convaincre. D’autant plus sachant la réaction qui fut la sienne lors de la conférence de presse organisée pour présenter le film à Cannes.
Le film demeure à mes yeux profondément poseur, prisonnier de sa propre démonstration esthétique.
Très peu pour moi.
Garance, En compétition pour la palme d’or

Quelque chose me gêne profondément avec ce film.
Il ne m’a procuré absolument aucune émotion. Pas une.
Pas même de l’ennui, finalement. J’ai regardé ce film de manière presque passive, sans véritable agacement mais surtout sans réel intérêt pour ce qui se jouait à l’écran.
Et c’est peut-être cela le plus troublant : cette absence totale de vibration.
Je peine d’ailleurs à identifier précisément d’où vient ce manque d’élan. Tout semble pourtant réuni pour produire un récit fort. Le sujet, d’abord : la lutte contre l’addiction, la reprise en main de son corps, de ses sensations, de sa vie même.
Mais Jeanne Herry ne parvient selon moi jamais à faire véritablement exister cette matière pourtant puissante.
L’intrigue avance de façon très linéaire, presque mécanique, sans que ne surgisse réellement le trouble, la douleur, le manque ou même l’espoir. Le film reste constamment à distance de ce qu’il raconte.
Et c’est précisément ce que je regrette le plus : cette absence de sensation dans un récit qui aurait justement dû être viscéral, physique, profondément incarné.
Comme si le film racontait la reconquête des sens sans jamais parvenir, lui-même, à nous faire ressentir quoi que ce soit.
Hope, En compétition pour la palme d’or

La première heure est géniale.
Géniale de mise en scène, de tension, de second degré aussi. Le film joue parfaitement avec nos nerfs et avec notre imaginaire.
Cette longue course-poursuite avec un monstre que l’on ne voit pas encore fonctionne d’ailleurs extrêmement bien. Parce que tout repose alors sur l’attente, sur ce que notre cerveau projette et fabrique lui-même. Le cinéma existe pleinement à cet endroit-là : dans ce hors-champ, dans cette peur que l’on construit presque malgré soi.
Et pendant cette première partie, le film tient réellement quelque chose. Une intensité. Une promesse.
Puis peu à peu, tout s’étire. La demi-heure suivante devient déjà plus laborieuse, comme si le film commençait à perdre le contrôle de sa propre mécanique.
Et celle d’après… je serais bien incapable d’en parler précisément puisque je me suis totalement désintéressée de ce qui se passait à l’écran. Au point de quitter la salle.
Non pas par provocation, mais simplement parce que l’expérience était devenue pénible. Le film avait cessé de me tenir pour ne plus produire qu’une forme d’épuisement.
