Alice et le maire

Alice et le maire

Le maire de Lyon a la flamboyance monotone. Plus de 20 ans qu’il traîne ses guêtres à l’hôtel de ville, que son staff lui cire les pompes… Sa propension à l’innovation s’amenuise à mesure que son ego et son ambition gonflent.

Un jour il est bien obligé de se rendre à l’évidence. Il n’a plus d’idée. Une déprime mélancolique le guette et c’est alors qu’il s’octroie les conseils d’une jeune étudiante en philo censée redorer sa « boite à idées ».

C’est sur la relation entre ce politique fatigué et cette jeune intellectuelle paumée que le réalisateur construit son film.

Et il décide de jouer sur plusieurs tableaux. Le film emprunte alors les codes du film politique mais use en même temps d’une certaine lenteur qui nous extrait aussitôt de ce style de film assez maniéré et très codifié. On est alors entre deux eaux. On se demande même si le film ne va pas évoluer vers la romance… Tout est ténu et fort bien ficelé.

Fait rare, Luchini ne vampirise pas sa partenaire (la très fraîche Anaïs Demoustier) qui défend sa partition de main de maître. Quel naturel ! Et quel charisme par ailleurs : elle excelle dans le rôle de cette jeune femme sur-diplômée totalement perdue qui ne sait même pas ce qui lui plait. Tous deux nous apparaissent alors soudain si similaires : ne se cacheraient-ils pas derrière leur fonction / activité professionnelle pour se fuir eux mêmes ?

C’est en fait la rencontre entre ces deux individus tous deux à un moment charnière de leur vie, acculés, à la croisée des chemins et déjà presque anéantis par la passion qu’ils ont mise à leur tâche.

Le film questionne alors la façon dont il est possible de se construire lorsque la société attend de nous un devoir d’excellence, de totale implication ou encore un don de soi permanent.

Et puis il y a aussi tous ces sujets sociaux qui avoisinent l’intrigue principale : la question de l’écologie, celle de l’éducation, de la fuite dite « des cerveaux ».. A ce titre le discours rédigé à deux mains portant sur l’éducation est d’une justesse et d’une résonance folles.

En cela le film est politique tant il questionne le rôle du politique, le critique aussi pour mieux le mettre en résonance avec les enjeux majeurs de notre société française basée sur des acquis sociaux forts, que beaucoup nous envient… et des institutions vacillantes.

Il semble alors nous dire que la politique ne serait qu’une affaire de « coups » bien amenés pour entrer en résonance avec les principaux sujets sociaux et sociétaux. En un mot que la politique est un jeu de dupes mené par des hommes tous terrains dont l’agenda est clair. Il ne convient pas de tenter de résoudre quoique ce soit mais de prendre et garder une place. Un jeu de pouvoir implacable.