AMHA (A Mon Humble Avis)

Une femme aujourd’hui

Posted by Barbara GOVAERTS

Guédiguian et sa belle Marseille ! Je ne peux et ne veux jamais manquer ça. Et ce, depuis Marius et Jeannette, en 1997 que mon père m’a montré un après midi d’été.

L’humanité et le soleil qui imbibent chacun de ses films me font toujours du bien.

Cette fois, il se tourne davantage vers la fiction, me semble-t-il. Je me suis presque retrouvée dans un conte où tout serait à la fois concret, pragmatique, mais teinté d’une certaine bizarrerie. Comme agrémenté d’un bémol ou un dièse qui viendrait modifier la tonalité.

J’aime que ce réalisateur, qui place l’humain au centre de tous ses récits, nous raconte cette jeune femme moderne, d’aujourd’hui, totalement ancrée dans les réalités de son monde et de son époque, mais qui a dû, malgré elle sans doute, faire un pas de côté jusqu’à perdre pied avec la réalité.

Elle est tout à la fois hyperconnectée, presque scotchée à son écran, à ses écouteurs et à son téléphone, et déconnectée des réalités de son quotidien : sa vie familiale, sa vie affective…

Elle vit en retrait. À côté.

Comme si elle était là sans y être tout à fait. Connectée au monde entier, mais à distance de ceux qui lui sont proches.

Ses parents, eux, la voient s’éloigner sans vraiment comprendre ce qui se joue. Ils s’inquiètent de ne plus la sentir en phase avec le monde qu’ils connaissent, avec les repères qui sont les leurs.

Mais comment se rejoindre quand on ne regarde plus le monde depuis le même endroit ?

Car elle est aussi une transfuge de classe. Elle a changé de monde, et ce déplacement n’a rien d’anodin. Il y a ce que l’on quitte, ce que l’on découvre, et cet entre-deux parfois inconfortable dans lequel on peine à trouver sa place.

Le propos est traité avec finesse, avec cette forme de légèreté et de distance que permet un film moins naturaliste qu’à l’accoutumée.

Mais reste ce lien frontal avec l’humanité telle que la perçoit Guédiguian. Cette humanité à côté de laquelle on ne peut pas passer. Celle qui est là, sous nos yeux, à nos portes, et qui nous demande simplement de regarder celles et ceux que nous pouvons aider. Là. Juste là.

Pour lui, et c’est aussi pour cela que je l’aime, être humain, c’est voir et regarder la jeune femme, l’homme âgé, la dame qui se trouve juste à côté de nous. C’est leur accorder un regard, leur apporter de l’aide, de l’attention.

C’est cette humanité concrète là dont il parle et j’aime ça !

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