Derrière son apparente simplicité, ce film est d’une intelligence redoutable.
Le titre d’abord.
Ce Triangle d’or renvoie bien sûr à ce quartier parisien délimité par les avenues Montaigne, George V et les Champs-Élysées, royaume du luxe et des grandes fortunes où se déroule l’intrigue.
Mais le triangle est partout.
Il est d’abord amoureux : celui que forme Souria avec ce riche prince saoudien qu’elle rêve d’épouser, bien qu’il soit déjà marié. Elle accepterait d’être sa seconde épouse, convaincue d’avoir trouvé le grand amour : « toutes les femmes réveraient d’épouser un homme comme lui ». Soit.
Il s’agit tout de même d’un amour pourtant placé sous surveillance.
Car si Souria vit dans un hôtel particulier somptueux, entourée de tout le confort imaginable, elle n’est jamais libre. Elle ne travaille pas. Ne sort jamais. Elle attend. Elle dépend.
Le film pose alors une question aussi simple que vertigineuse : que vaut le luxe lorsqu’il s’obtient au prix de sa liberté ?
Le troisième triangle est celui qui unit Souria, Laura, sa gouvernante, et Emre, l’homme au service de « Monsieur ».
J’ai beaucoup aimé la manière dont le film fait progressivement glisser la relation entre les deux femmes vers une forme de sororité.
Au départ, tout les oppose.
L’une est entretenue.
L’autre est salariée.
L’une juge.
L’autre observe.
Et pourtant, à mesure que le récit avance, leurs conditions se répondent davantage qu’elles ne s’opposent. Toutes deux évoluent dans un monde organisé par les décisions d’un homme et menées par le besoin d’avoir de l’argent.
La nuance est ailleurs.
Laura est payée.
Et cette rémunération lui offre quelque chose de fondamental : la possibilité de partir.
Son indépendance financière est sa véritable liberté.
À travers ce huis clos, renforcé par la présence constante des caméras de surveillance qui semblent observer chaque déplacement, le film dissèque avec beaucoup de finesse les rapports de pouvoir.
Les rapports amoureux.
Les rapports de classe.
Les rapports d’argent.
Il rappelle surtout que l’amour ne protège pas toujours de la domination. Qu’il peut même parfois en devenir le plus séduisant des visages.
Le film paraît presque léger au premier abord. Il est en réalité d’une grande cruauté.
Parce qu’il montre avec beaucoup de subtilité qu’une prison peut être magnifique.
Et qu’elle reste pourtant une prison.
