AMHA (A Mon Humble Avis)

Le vertige

Posted by Barbara GOVAERTS

Quentin Dupieux poursuit son exploration de l’absurde et des contradictions humaines dans ce nouvel opus présenté à Cannes en parallèle de Full Phil. Prolixe notre Dupieux !

Une fois encore, le réalisateur utilise le décalage et l’incongru pour interroger notre rapport au monde, à la vérité et à la technologie.

L’élément le plus marquant reste ici le recours à l’animation. Loin des standards actuels de perfection visuelle, le film adopte une esthétique volontairement datée, presque maladroite par moments. Un choix qui surprend d’abord, mais qui finit par faire sens. Derrière cette apparente simplicité se devine un important travail technique, et l’on prend plaisir à reconnaître les traits, les expressions et les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier transposés dans cet univers singulier.

Au-delà de cette proposition formelle, Dupieux s’attaque à notre rapport à l’information. Il pointe notre tendance à accepter instantanément ce qui nous est présenté et à réagir sans recul, dans une forme de réflexe collectif où l’émotion précède souvent la réflexion. Le constat est sévère mais rarement moralisateur.

Le film questionne également notre dépendance à la technologie, devenue pour beaucoup un filtre permanent entre nous et le réel. Les écrans agissent comme des miroirs déformants : ils promettent une version enrichie du monde tout en révélant, en creux, une certaine difficulté à affronter sa banalité.

Drôle, dérangeant et parfois inquiétant, ce nouveau Dupieux confirme la capacité du cinéaste à transformer l’absurde en outil d’observation de nos comportements les plus contemporains.

Articles liés