La saga Mektoub reprend ! Voilà que Mektoub my Love, canto due arrive enfin sur nos écrans ! (le 3 décembre prochain). Le second opus de Mektoub my love ! Comme je l’ai attendu. Enfin, le troisième. Mais, reprenons en effet depuis l’origine.
A l’hiver 2018 sort sur nos écrans Mektoub my love, cante uno. Un film qui dure 3h et qui aurait pu en durer 12 de plus tant il m’a happée. Par sa chaleur, sa beauté. Le cinéma d’Abdel Kechiche, que beaucoup ont connu via sa palme d’or La vie d’Adèle, est un cinéma naturaliste. Comprenez qu’il ne fait qu’une chose : imprégner la pellicule. Il filme la vie, le quotidien dans sa banalité la plus confondante, mais aussi dans sa nature la plus puissante. Chez Kechiche, le quotidien c’est justement… la vie. Ce film, vu et revu depuis, me laisse le souvenir d’un été doux et chaud, voluptueux et révélateur. De ces étés qui nous donnent le sentiment d’avoir avancé, vu du pays et de l’humain. Je vous en parlais ici avec passion.
En 2019, Mektoub, My Love: intermezzo figurait dans le line up des films présentés en compétition à Cannes. Drame (j’ose l’emphase) de ma vie : j’ai manqué ça. Aujourd’hui encore, je ne saurais dire pourquoi. Mais passons. Lors de la séance officielle, tout ne se passe pas comme prévu, Ophélie Bau quitte la salle du Grand Théâtre Lumière en pleine projection. On apprendra après qu’elle ne valide pas cette version finale d’une durée de 4h qui tire en longueur notamment via une scène de sexe qui aurait été non simulée. Drame, et là, nulle besoin d’être emphatique ou pas : le malaise est là. De polémiques en revandications et autres accusations… on entend beaucoup parler de Kechiche et de son cinéma. Puis plus du tout.

Jusqu’à cet été 2025 où Mektoub my Love, canto due est présenté en compétition officielle au festival de Locarno. Le sentiment que les choses se débloquent et que nous allons enfin, quelque 9 ans plus tard, découvrir la suite des aventures de ce groupe.
Amin revient à Sète après ses études à Paris, rêvant toujours de cinéma. Un producteur américain en vacances s’intéresse par hasard à son projet, « Les Principes essentiels de l’existence universelle », et veut que sa femme actrice de soap opéra, Jess, en soit l’héroïne. Toutefois, le destin, capricieux, impose ses propres règles.
C’est un soir de novembre que j’ai vu ce nouvel opus, en avant première. En présence de l’équipe du film.
Et ca me fend l’âme de vous dire ça, de l’écrire encore plus, mais quelque chose a fané. Ca vient totalement de moi et de mes attentes. Je voulais bêtement et de façon puérile revivre la chaleur de Mektoub 1. Retrouver la même innocence. Mais si ce film a été tourné dans la foulée de cante uno… il n’en a pas la même saveur.
L’été est passé, c’est désormais l’automne. Les corps dansent encore, sont encore dorés, les rires résonnent toujours mais le récit se tord. Tout me semble plus lourd, moins enfantin, moins naturel. Même si, évidemment, le naturalisme propre au cinéma de Kechiche est toujours là. il le sera toujours forcément. Ce n’est pas là que le bas blesse, mais plutôt dans ce sentiment de la fin d’un été… Le fin des illusions ?
Le film prend à un moment une tournure innatendue qui n’est pas pour me déplaire. Fortement bien ficelée, le réal fait un presque volte face et se déplace vers l’intrigue, le drame même. Et on le suit.
Le réel de la vie autour est plus présent, et pesant… L’innocence qui irradiait au coeur même si premier épisode se heurte à des malentendus. On glisse vers un désenchantement. Nous étions alors dans cette bulle d’une humanité grandiose, avec toutes les histoires et les mini drames que la famille, l’amitié et l’amour peuvent engendrer et voilà qu’ici le réel de la vie autour est plus présent, et pesant… L’innocence qui irradiait au coeur même si premier épisode se heurte à des malentendus. On glisse vers un désenchantement.
Et je ne sais pas… ça m’atteint…. Car tout vibre si fort chez Kechiche. On peut peut-être lui reprocher bien des choses, mais en tant que spectateurs, pas le fait de nous faire ressentir tout un panel de sensations. Dans ses versions les plus pures.

Reste Ophélie Bau, pour moi et plus encore que de délicat et observateur Amine, c’est elle qui fait Mektoub. Sa beauté, son sourire, sa présence, sa peau dorée, ses formes, le naturel avec lequel elle aborde sa vie de femme, ses engagements familaux à la ferme auprès de son père et de sa soeur… Elle nous fait don de sa présence tellement vraie !
Un soleil qui réchauffe lorsque l’automne arrive…
