Le trouple

Le trouple

J’avais en tête Vicky Cristina Barcelona, ce film de Woody Allen que j’aime tant, pour ce qui est de l’équation à trois concernant le couple. Il faudra désormais compter sur A trois on y va le charmant et très maîtrisé film de Jérôme Bonnell.

Jérôme Bonnell c’est ce jeune réal qui nous avait donné à voir cette jolie fable Le temps de l’aventure dont je me souviens très précisément (ce qui est loin d’être le cas de tous les films que je vois) et qui m’a marqué par sa justesse de ton et de traitement face à une situation qui pouvait au départ sembler bien improbable.

Ce que je note c’est qu’il a un don pour filmer le désir, l’amour qui transparaît et inonde tous les pores de la peau et qui forment le couple. Le couple étant le résultat, la matière en quelque sorte, émanant de ce désir et de ces respirations.

C’est exactement ce qui se passe à nouveau dans A trois on y va qui raconte l’amour qui unit trois personnes deux jeunes femmes et un homme. Le film ne donne à aucun moment (quoi qu’à la toute fin peut-être) l’occasion de se questionner sur le bien fondé de cette relation qui ne semblerait pas correspondre à la norme sociale. Il n’est par exemple pas question de se questionner sur la bisexualité ou sur le fait d’aimer deux personnes en même temps. Le film ne cherche jamais à mettre quiconque dans une case encore moins à l’y enfermer. On y parle d’Amour et en cela, le film est d’une liberté totale.

Il est aussi question de « passage à l’âge adulte » cet âge censé nous caser dans des contrées assagies, sérieuses et bien cadrées.

Bien évidemment, il est clair que cet âge là a un accès parfois difficile. En ce sens j’ai aimé le parallèle entre la rigueur demandée par le métier d’avocat de Mélodie (toujours juste et « ensoleillante » Anais Demoustier) et le bordel monstre que représente sa vie privée.

Enfin, d’un point de vue technique, le film mêle avec brio la comédie, le vaudeville et les scènes plus touchantes et introspectives. Les acteurs sont toujours à leur place et parviennent à garder intacte cette sensation qui voudrait que l’on vive, tous ensemble et au même moment, cette tranche de leur vie. En cela, c’est une réussite : le spectateur n’est pas que spectateur, il est au cœur même de l’histoire et cela apporte une notion considérable de proximité et d’intérêt. De surcroit, les acteurs sont superbement filmés, de près, comme pour accentuer cette idée d’aller au cœur de l’émotion, du siège des émotions. La peau, les yeux, les regards en disent long sur le respect que porte le réal sur ses acteurs.

Pour conclure, la réussite de ce film tient au fait qu’il ne vient jamais disséquer, encore moins, juger une situation (aussi alambiquée soit-elle) mais juste positionner son curseur au niveau des émotions. Socle de la vitalité de la vie, socle de la vitalité du cinéma.

Le film ne nous emmène jamais là ou l’on croit aller et c’est à mon sens une preuve simple et claire de son intérêt et de sa qualité. Que c’est bon de sortir des sentiers battus !

Le film sera en salle mercredi 25 mars prochain.