Je suis ton père

Je suis ton père

C’est l’histoire de cet homme devenu femme ou serait-ce celle de ce jeune homme qui, après trop d’années d’absence et mu par le manque, se met en quête de ce père absent.

On ne saurait trop dire si ce n’est qu’il s’agit de leur histoire à tous les deux et que l’on est invité à en être témoin par la plus belle façon, et douce et subtile et pure, qui soit.

Sujet délicat s’il en est que de filmer l’absence déjà, mais le manque de l’autre en plus. C’est surtout sur la rencontre, on peut à peine parler de retrouvailles tant les liens se sont disloqués, que le réal pose son viseur.

J’en ai vu de bons films depuis le début de l’été mais aucun au sein duquel j’ai pu percevoir à ce point la présence d’un réalisateur dans son film. Je ne saurais trop l’expliquer mais je l’ai vu dans sa façon de diriger – de façon magistrale – la grande Fanny Ardant et d’orchestrer cette rencontre avec une telle subtilité et une force mélées.

La liberté trouvée de cette femme est belle à voir mais ses carcans – toujours présents – ne sont jamais minimisés, ce qui offre toute sa densité à cette œuvre d’une puissance telle que j’ai eu les larmes aux yeux pendant une bonne partie du film. Les voir se découvrir tels qu’il sont, sans jamais chercher à cacher ce qu’ils ont au fond de leurs tripes est l’un des plus belles choses qui soient donnés de porter à l’écran. La vérité de l’être humain.

Mais cette vérité à un prix : cette excentrique Lola, grande gueule et sure d’elle va voir voler en éclats sa belle confiance en elle acquise lorsqu’il s’agira de créer des liens avec ce fils qui, forcément, dans ce que l’on pourrait voir comme une sorte d’Œdipe un peu déplacé, ne peut que se rebeller contre un père qui ne lui apparaît décidément par comme il aurait aimé le trouver.

Tewfic Jallab (excellent, décidément, et touchant, si touchant) joue avec une grande subtilité le rôle de ce fils anéanti par la disparition de sa mère tant aimée et par la rencontre de ce « drôle de pater » qui va l’amener à voir la vie sous un autre angle, plus fantasque peut être mais fragile et subtil. Quel plus beau message pour un père que d’apprendre – par la preuve – l’importance d’être qui l’on est vraiment.

Voilà vraiment un film d’une grande pureté qui dit l’urgence d’être soi, l’importance d’être paisible avec soi même. Un film brutal parfois, dans lequel on gueule mais surtout marqué par une grande douceur, à l’image de ce générique de fin (à regarder jusqu’au bout), tel le point d’orgue de cette rencontre marquée par des soubresauts mais bel et bien par les liens de l’amour et du respect de cet autre si différent mais si proche.

De l’usage de la grâce.