Un peu, beaucoup à la folie ! Marguerite ou la Narcisse de l'opéra

Un peu, beaucoup à la folie ! Marguerite ou la Narcisse de l’opéra

Ah cette Marguerite ! Je n’aurais pas cru que cette rencontre puisse autant me toucher. Je savais qu’elle serait prétexte à rire mais n’avais pas senti toute l’émotion qui devait découler du tragique de sa vie.

Marguerite est une riche baronne qui régale son cercle de récitals organisés au profit des orphelins de guerre (nous sommes dans les années 20 dans la période de l’entre deux guerres). Les habitués ne manquent jamais une prestation et pour cause, c’est l’occasion pour eux de picorer gratos et de boire du bon champagne et surtout surtout, de rire en coin en se moquant  de cette chère Marguerite qui chante faux comme une casserole.

Car oui, Marguerite aussi férue de musique et d’opéra soit elle, chante complètement faux. Le pire ? Elle ne s’en rend pas compte, elle ne s’entend pas et personne ne s’empresse de le lui faire savoir.

Aussi dingue que cela puisse paraître, elle reste insensible à l’écho de sa propre voix. Les faits sont d’ailleurs tirés de l’histoire vraie d’une américaine dont le film s’inspire.

Ce qu’il faut savoir c’est que Marguerite s’ennuie ferme. Mal mariée (comme on disait à l’époque) elle ne sait que faire de ses journées et de son argent. Elle n’a pas d’amis : tous se foutent d’elle en douce et personne pour lui tenir compagnie mis à part son majordome, charmant et aux petits soins. Son époux la trompe et simule des pannes de voitures pour ne pas assister aux récitals de sa femme. Ambiance, ambiance. Sa vie n’est en rien un rêve.

Cela dit, elle décide d’importer une once de rêve dans cette vie cauchemardesque et c’est sur ce point que le film se base.

Et c’est beau et réjouissant ! La dose entre comédie et tragédie est très bien gérée, toujours. Le film oscille entre rire et larmes. Le regard que pose le réal n’est jamais linéaire. Il fait de cette Marguerite une femme à la fois ridicule et bouleversante de douceur et de vivacité. Elle n’est jamais ni tout à fait pitoyable ni tout à fait majestueuse. Elle est tout cela à la fois.

Catherine Frot me semble être la comédienne idéale pour ce rôle. Elle trouve là un jeu à sa mesure et illumine cette fable.

Le film est dense et vient évoquer plusieurs thématiques. On y parle de projets de vie et de sexualité.

Au final, cette femme ne cherche rien d’autre que sa voix(e), elle cherche à atteindre la note parfaite, la note à son paroxysme qu’elle connaîtra bel et bien l’espace d’un instant lors d’une représentation. Ces parallèles sont amenés avec une telle justesse et une telle légèreté que l’on note la main de maître du réal et de son actrice qui s’illumine face à nous.

Enfin, sans justement vous raconter la fin, j’ai pensé au mythe de Narcisse : ce jeune homme qui, émerveillé par sa propre beauté reflétée dans l’eau, se noie en voulant la contempler. A cette image, notre chère Marguerite saura-t-elle accepter l’écho de sa propre voix ? C’est là l’épilogue de ce film à mon sens, déjà entré dans l’histoire du cinéma.