AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Stillwater

Posted by Barbara GOVAERTS

C’est un film sur la quête. La quête d’identité(s). Celle d’une jeune femme, emprisonnée pour le meurtre de son amante, qui cherche un remède à son mal être, à cette douleur qu’elle ressent depuis toujours. Elle qui pourtant a traversé un océan pour échapper à ce déterminisme social implacable.

Si le fait de s’éloigner pouvait régler les problèmes, nous le saurions, et tout un chacun serait potentiellement sauvé d’un destin naufragé.

Celle également d’un père, son père, qui est prêt à soulever des montagnes pour un tant soit peu apaiser le quotidien de sa fille et à soulever des montagnes pour la sortir de cet enfer prisonnier.

Deux écorchés par la vie qui tentent d’avancer, un pas après l’autre.

Mais plus que cela encore, Stillwater est un quatuor qui fait entrer en scène une jeune mère célibataire française, comédienne de théâtre installée à Marseille, et sa fille âgée de 9 ans.

C’est à ce niveau là que la rencontre se fait. Un savant mélange des deux mondes ou lorsque l’Amérique bien profonde (l’Oklahoma) rencontre Marseille.

Il fallait oser et le réalisateur de Spotlight (un film très circonstancié, qui m’a beaucoup marqué) a pris le projet à bras le corps, accompagné des scénaristes de Jacques Audiard (Thomas Bidegain et Noé Debré, producteurs du film) pour donner vie à un film sur le fil, d’une précision et d’une minutie incroyables. Le mélo de base qui accumule les poncifs était à portée de main et il s’en tire haut la main, au contraire, en nous livrant un film vibrant et puissant qui dit les errances et la repentance.

Il s’en fallait vraiment de peu pour que le tout soit un gloubi boulga de bienséance et de bien pensance mais les acteurs et le film sont à la hauteur et le tout s’amalgame parfaitement.

Matt Damon endosse ici le rôle de cet homme renfermé, comme inerte, avec une tendresse infinie et Camille Cottin prête ses traits à cette comédienne et maman solo avec grâce et majesté. Tous les deux créent une alchimie qui se joue des clichés – qui n’en sont pas vraiment (le gros ricain de base et la bobo) – et l’on en vient à être plus qu’attendris par le duo qu’ils vont former.

Tout en nuances, le film montre qu’il existe une réalité du terrainune sociologie de terrain implacable et que ce fameux déterminisme social existe et est ancré plus encore qu’on ne le pense. Il emprisonne les moins gâtés par la vie, qui en fait des souffre-douleurs tout trouvés.

Reste la possibilité d’un souffle nouveau apporté par la grâce d’une rencontre… De celles qui peuvent changer jusqu’au cours même d’une vie. De celles qui transforment et donnent une autre perspective.

Stillwater c’est cette traversée de l’océan et ce cheminement intime qui mène à une prise de conscience de son appartenance au monde.

Laisser l’autre entrer et le laisser nous ouvrir les yeux sur une autre façon de voir le monde, la vie. C’est là ce que raconte le film.

Eclairant !

Et de surcroit, la voilà toute la délicatesse qui manque à Bac Nord. Une vrai bon opus sur Marseille cette cité cosmopolite.