AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Rien à foutre

Posted by Barbara GOVAERTS

Cassandre a beau n’en avoir rien à foutre, elle a le coeur gros. Elle pense ne rien avoir à perdre, ne sait même pas « si elle sera en vie demain » et trouve futile l’idée de cadrer un temps soit peu sa vie. Elle se targue de pouvoir « voir le soleil et la neige dans une seule et même journée » et se suffit de ce quotidien à la fois répétitif calé sur ses horaires de vols (elle est hôtesse de l’air) et hors du temps qui lui donne l’illusion de l’aventure.

Mais Cassandre est enfermée dans un système social et mental qui – tous deux – l’empêchent d’avancer. Derrière cette pseudo liberté, se terre une grande souffrance, une vraie solitude.

En ce sens déjà, cette Cassandre est l’incarnation même de cette jeunesse si connectée et pourtant si seule. Qui est elle même l’incarnation de notre société. Et le film joue sur ces deux aspects, avec brio.

Le film dit cette fameuse ubérisation du monde du travail qui demande toujours plus de rendement et, pour cela, forme à « des techniques de vente » qui incitent à « laisser de côté tout sentiment personnel » pour partager des émotions factices mais efficaces. La déshumanisation la plus perverse possible ! Toute forme « d’émotion véritable » est à bannir et est passible d’être sévèrement réprimandée. A voir, cette scène – très touchante – qui implique une passagère russe et qui dit beaucoup de ce monde en proie à la chosification de l’humain.

Cassandre et son sourire de façade

Et puis voilà que le film glisse tout doucement vers autre chose. Vers une introspection – salvatrice – qui offrira à Cassandre la possibilité de ne plus s’en foutre, de « mettre sa vie à plat », d’affronter ses émotions enfouies, ses relations familiales laissées en friche, pour lui redonner du souffle, un souffle de vie.

Et c’est alors, qu’enfin, dans ce « monde d’après » pourtant si cadenassé, si masqué (le monde COVID dans lequel nous vivons), Cassandre – là dans son petit carré qui lui indique précisément l’endroit où elle doit se positionner, va prendre toute son ampleur et enfin vivre sa vie, celle dont elle n’osait rêver jusqu’a présent, celle pourtant pour laquelle elle est faite.

Encore faut-il oser aller vers ce qui nous attend. Cette Cassandre, pourtant pas aidée par l’ère dans laquelle elle vit, en aura eu le courage.