AMHA (A Mon Humble Avis)

Philosophes en leur pays

Posted by Barbara GOVAERTS

Comme beaucoup je l’imagine, je me suis d’abord demandé ce que Viggo Mortensen faisait dans un film de super héros présenté à Cannes.

Comme beaucoup je m’étais laisser prendre par ce titre évocateur d’un monde à part, fait d’hommes et de femmes évoluant dans un autre univers, sur la base de codes autres que les nôtres… Un film de « sur-hommes » en quelque sorte.

Ce Captain Fantastic (présenté dans la catégorie Un Certain Regard lors du dernier festival de Cannes donc) n’est pas un film de super héros mais bel et bien un film de superbes héros (oui elle est facile).

C’est avant tout l’histoire d’un homme et père (Viggo <3) reclu dans ses certitudes que l’on va voir évoluer sous les auspices des échanges qu’il entretient avec ses enfants.

Comprenez que ce papa, entouré de ses 6 enfants vit comme reclu dans les bois pour dire son / leur rejet de la société capitaliste. On se nourrit des récoltes de la chasse, de la pêche et de la cueillette. On peaufine chaque jour sa condition physique, on lit des livres et l’on chante autour du feu une fois la nuit tombée.

Oui, en quelque sorte, la vie que l’on souhaite tous vivre les jours les plus difficiles où le métro et les bouchons nous tapent sur le système et où le stress de nos journées professionnelles emplissent nos cerveaux abreuvés de publicités et autres théories imposées par ce monde brut, rapide et offensif.

C’est loin de tout ce raffut que vit cette jolie famille dans une osmose que l’on croit inatteignable. C’est jusqu’à ce que la réalité les rattrapent via la mort de la maman, drame familial s’il en est. Le père et ses ouailles vont devoir retrouver le monde tel qu’il est lors de l’enterrement organisé par les parents de la défunte et qui ne correspond en rien avec les croyances de cette famille « forestière ».

Ce film est une pépite. Une vraie leçon de liberté. Il nous dit l’importance de Vivre de toutes ses forces. De vivre en utilisant chaque jour ses poumons, son cœur, son corps et sa tête. Il nous dit l’importance de la communication : unique vecteur d’apprentissage et de vie en communauté. Il nous dit l’importance des rires, de la communion avec la nature et surtout surtout, l’importance de vivre avec son temps.

« Vivre avec son temps » ayant ici, vous le comprendrez aisément, deux significations. Il s’agit de vivre en prenant le temps, en respectant le temps de la nature, le temps des saisons mais aussi et surtout de vivre avec son époque, bien ancré dans la société qui nous entoure.

La souffrance des enfants, les plus grands surtout, est criée haut et fort. L’aîné par exemple a tout appris de la vie au travers des livres mais n’a jamais rien expérimenté par lui même. Il est inadapté au monde qui l’entoure et qui se situe au delà même des délimitations de la forêt dans laquelle il évolue.

C’est là toute la question du film : notre détestation de ce monde souvent abject peut s’avérer la plus féroce possible, il nous faudra toujours avoir un ancrage dans ce monde au risque de s’exiler et de ne pas développer ce qui semble être, en tant qu’Humains, notre plus grande aptitude : celle de communiquer avec ce monde, aussi imparfait soit-il.

C’est justement cette évolution vers une autre façon de vivre sans réclusion aucune mais tout en préservant leurs croyances et aspirations communes qui marque le film d’une très belle empreinte. Celle d’un monde où les Hommes seraient en paix avec leur entourage, vivraient en lien avec la nature et la respecteraient, prendraient le temps – oh oui ce fameux temps que nous utilisons bien souvent à mauvais escient.

Béat et utopiste peut-être, mais à entendre ce silence harmonieux qui unit cette belle famille, on est en droit de se demander si ce ne serait pas là le meilleur pour nous.

La famille Ricoré redéfinie.

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