AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

Les Olympiades

Posted by Barbara GOVAERTS

J’ai tendance à penser qu’un ado, au delà du lieu où il est né, de l’endroit où il vit et de l’époque à laquelle il évolue sera toujours un ado et connaitra les mêmes doutes, les mêmes frustrations, les mêmes peines, les mêmes excitations et les mêmes remous.

Un ado, au même titre qu’un enfant ou qu’un adulte.

Mais c’est sans compter une multitude de paramètres, parmi lesquels l’éducation que l’on reçoit, le milieu au sein duquel nous grandissons, l’époque et la société également.

Si l’idée même de l’enfance, de l’adolescence, de l’apprentissage de la vie professionnelle, de la maternité / paternité, de la mort… ou je ne sais encore quelle grande étape de la vie, est universelle, il est clair que nous vivons ces temps forts de façon unique et personne mieux que Michel Foucault a su exprimer cette idée. L’individualité d’un concept universel.

Tout cela pour en venir au nouveau film de Jacques Audiard. Autre grand maitre. De l’humain et du cinéma.

Ce nouvel opus, dans un noir et blanc très classe, dépeint l’amour et la sexualité de la jeunesse à l’aube du 21ème siècle, cette ère si ce n’est libérée, en tout cas très connectée.

Connectée au sens des réseaux et autres applications qui changent la façon dont on approche l’idée même de la rencontre, de l’amour, du couple et du sexe.

Ce film, chorale en quelque sorte, dit les turpitudes de personnes construites mais encore frêles et happées par les multiples possibilités de l’amour. Cet océan d’ouvertures envisageables qui semble nuire, si ce n’est nuire, rendre compliqué, le chemin vers l’Amour.

Si ce film, écrit à 6 mains avec Céline Sciamma (Bande de filles, Tomboy, Portrait de la jeune fille en feu…) et Léa Mysius (Ava) est parfois caricatural, il donne un bon instantané de cette jeunesse inquiète, qui porte sur ses épaules – et depuis l’enfance – le poids d’une société fragile marquée par des fractures sociales et économiques et ne veut qu’une chose : vivre ! fougueusement, librement, sauvagement pour parvenir, ne serait-ce que l’espace d’un instant à quitter ce monde dur et âpre. Une quête de sens – avec tout ce que ce mot porte en lui.

Et pour revenir à ce que je disais en introduction, c’est là que le film questionne. Car nos grands parents vivaient eux aussi dans un monde très fracturé socialement et économiquement et il est clair que leur approche de l’amour et de la sexualité était tout autre. Ils portaient en eux l’idée de rencontrer (pas trop loin de chez eux en plus) le ou la personne qui leur permettrait de fonder un bon foyer. La focale n’était pas la même.

Des guerres, l’émancipation de la femme, le recul d’une certaine forme de patriarcat ont eu raison de la quête de cet autre qui viendrait nous compléter, nous permettre de nous élever mais avant tout, qui nous permettrait de quitter le cocon familial ! Car c’est à deux, avant, que nous débutions la dite « vie d’adulte » celle qui veut que nous trouvions un métier, ayons à payer des impôts et des factures. Le couple, toujours scellé par le mariage, était alors un des fondements de la société.

Aujourd’hui, alors que la cellule familiale est multiple, que le mariage entre une homme et une femme n’est plus la seule norme, et que le besoin de liberté a été maintes fois demandé, crié, scandé, il est bienheureux de voir que la femme est reconnue comme un humain à part entière qui a elle aussi des besoins, des envies, des désirs. Qu’elle a besoin, elle aussi, d’expérimenter et qu’elle peut faire les choix de vie qui lui sont propres. Ne nous voilons pas la face, le chemin est encore long pour que ses choix, leurs choix, nos choix soient tous compris et entendus mais au fond, la liberté ne serait-elle pas plus grande encore lorsque les choix sont vécus sans pour autant être approuvés ou compris de tous ? Que chacun puisse vivre sur la base de ses propres choix et nous nous en porterons tous très bien.

Hier, aujourd’hui, demain… Qu’importe ! L’approche diffère peut être, et les sociétés successives ont chamboulé notre approche du monde, du quotidien, de la relation à l’autre…Certaines barrières sont tombées et ont permis de grandes avancées. Il en faut d’autres.

Chez nous, en 2021, Internet a fini de décloisonner le monde et nous ouvre à un trop plein de connaissances et de possibilités. C’est un des fléau de notre époque. Et le grand défi afférent est d’apprendre à faire le tri, à lâcher du lest, à accepter le fait que nous ne connaîtrons jamais tout, ne goûterons jamais à tout, ne possèderons jamais tout… Accepter encore et encore notre limite, notre petitesse face à un monde immense. Au risque de se perdre, de passer son temps à chercher mieux, plus grand, plus beau…

Ce film, pas le plus grandiose de Jacques Audiard, mais très pertinent sur l’époque qu’il entend dépeindre et sur ses moeurs, dit juste sur la fuite en avant qui est la notre. Et nous invite à la réflexion. Et comme nous en avons besoin !

Et il dit que sous couvert de vouloir tout connaître, tout tester, tout voir, tout découvrir… Il n’y aurait au fond qu’une seule chose qui nous préoccuperait vraiment. Celle de connaitre l’Amour. Le vrai, le pur. Celui qui fait grandir et avancer.

Car c’est celui là, le vrai socle de toute société. Celle d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Le film, présenté en compétition officielle à Cannes, sera en salles le 3 novembre prochain.