AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

La prisonnière de Bordeaux

Posted by Barbara GOVAERTS

Alma et Mina visitent régulièrement leur mari en prison.

Alma habite une maison cossue à Bordeaux. Son mari, neurologue, a été jugé pour la mort accidentelle d’une femme et pour un délit de fuite.

Mina habite loin d’ici et trime pour organiser ses visites tout en élevant ses deux enfants. Son mari a été jugé pour le bracage d’une bijouterie.

Les deux femmes se croisent donc au parloir et un jour, alors que Mina fait face à un soucis administratif, débute un rapprochement. D’abord pour une nuit, puis pour une durée inderterminée : Alma propose à Mina de la loger dans sa grande maison, plus proche de la prison.

Et on ne sait alors pas vraiment ce qui s’ouvre devant nous. Est-ce une amitié, un amour, un pacte entre deux femmes que tout sépare et que tout unit à la fois ?

Dans un rythme et un ton enlevés, le film tisse sa trame et nous invite à suivre la relation qui s’instaure entre ces deux femmes.

Sur le plan social, tout les oppose. Mais au fond, elles sont bien semblables.. Réduites à devoir subir les conséquences des frasques de leur mari.

Le tout est assez ténu et ce rôle offert à Isabelle Huppert lui donne la possibilité d’une légèreté bienvenue. Une légèreté bien en apparence car au fond, elle est tout à la fois aimable et retorse, puissante et fragile. Un rôle complexe car jouant sur diverses cordes, qu’elle parvient à gérer comme personne. Comme une sorte de doux décalage qui viendrait placer son personnage à la marge alors qu’elle incarne la société carré et cadrée par excellence. Mais voilà, c’est bel et bien elle la prisonière de bordeaux, car si Mina parvient à réinventer sa vie – avec deux enfants – Alma semble, elle, bien coincée. Où aller ? Comment se réinventer alors qu’elle « tient son rang » en grande partie du fait de la notoriété et de la richesse de son mari. Et qu’elle s’est bien confortablement enfermée dans cet écrin qui lui offre une fausse liberté.

Hafsia Herzi incarne « la femme du peuple » avec la dignité et le charisme qu’on lui connait. Elle est fatiguée mais ne baisse jamais les bras. A chaque difficulté, sa solution. De l’art de signifier le pragmatisme et le courage.

Quelle riche idée de faire se rencontrer ces deux actrices hors pair et de les faire évoluer en tandem.

Ce film m’a offert un réel plaisir de jeu partagé, d’échanges de répliques… Pour une relation tendue et toute en relief avec cette dose de manipulation férocement amenée.

C’est bien simple : à la fin du film, je me serais presque crue dans un western, musique aidant.

Ne plus subir. Reprendre la main. Quitte à transgresser, mentir, manipuler. Tous les coups sont permis pour parvenir à sentir ce souffle de la libération qui s’impose comme l’unique issue.

Une échappée belle, presque sauvage, vers la liberté.

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