C’est l’intervention du réal dans une émission de France Inter qui m’a donné envie de voir ce film. Un premier. Un film de fiction, pourtant largement inspiré de moments de vie du réalisateur.
Et le sujet est profond.
La recherche du père. La recherche de sa validation. Le besoin, presque viscéral, de lui plaire.
Enzo a été placé en foyer avec sa sœur lorsque son père a été envoyé en prison pour fraude. La mère étant totalement inexistante. Aujourd’hui, Enzo a construit sa vie : son appartement, sa place sur le marché où il vend ses produits de petit électroménager, sa copine. Tout semble à peu près en place.
Lorsque son père sort de prison, Enzo l’accueille et lui propose même de travailler avec lui.
On a d’abord du mal à comprendre le rejet viscéral de sa sœur. Jusqu’à ce que l’on comprenne que ce père ne fut, finalement, jamais vraiment un père. Et on comprend que le sujet est encore plus profond, qu’il est question d’abus de divers ordres.
Et le propos du film est peut-être là : qu’est-ce que c’est, un enfant qu’on ne protège pas ?
Le film s’attache surtout à raconter le fils, et cette relation père-fils. Qu’est-ce que c’est qu’être un jeune homme doux, gentil, poli, respectueux, face à un père qui revendique une certaine virilité, qui veut être celui qui commande, qui prend en charge… alors qu’il ne l’a finalement jamais été ?
Enzo veut son père. Il veut lui plaire. Se faire valider par lui.
Lui qui réclame un fils dur, qui réponde aux codes du virilisme.
Le vrai début du film est d’ailleurs marqué par le rapport au corps. Ces peaux filmées au plus près. Cette enveloppe qui nous accompagne toute notre vie et qui raconte les fêlures, les douleurs, tout ce que l’on peut endurer et qui, parfois, nous fera la peau dure.
Alors forcément, le film m’a laissée avec quelques questions.
Peut-on arrêter d’aimer ses parents ?
Comment chercher la réparation après tant de souffrances infligées par celui qui était censé nous protéger ?
Et est-ce seulement possible lorsque l’adulte qui devait nous protéger n’a jamais joué son rôle ?
Et en ce sens, le regard final, au sortir de l’audience, m’a terrassée.
Enzo n’a plus les mots. Mais son regard dit tout. La détresse, évidemment, d’une vie brisée qu’il va falloir reconstruire. Mais aussi quelque chose qui ressemble à un sursaut de dignité et de responsabilité.
Malgré sa grande fragilité, Enzo reprend le dessus sur ce père abusif auquel il ne plaira probablement jamais vraiment.
Mais tant pis.
Lui aussi a une vie à vivre. Et tant pis si elle ne plaît pas à ce père.
