AMHA (A Mon Humble Avis)

L’écume des jours

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Dire que l’Ecume des jours est une histoire simple à conter serait simpliste justement. Vous n’avez sans doute pas pu passer à côté de l’adaptation cinématographique réalisée par Michel Gondry, le metteur en scène passé maître dans l’art de mettre au monde des oeuvres toutes plus loufoques les unes que les autres.

Voici donc que ce cher Michel prend à bras le corps l’adaptation du célèbre roman de Boris Vian pour nous livrer un film enchanteur et poétique qui vient redynamiser le cinéma français que certains avaient déjà enterré.

L’écume des jours c’est l’histoire de Colin et Chloé et plus largement, notre histoire à tous, l’histoire de notre société et de notre monde.

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Colin et Chloé sont clairement les Roméo et Juliette des temps modernes. Leur histoire d’amour est pure et belle, comme tout droit sortie d’un songe.

Colin est un jeune homme idéaliste, confortablement installé dans une vie calme et équilibrée qui lui réserve des moments agréables et privés de tout souci qu’il partage entre ses amis et sa passion pour les inventions en tous genres, son pianococktail étant sa masterpiece. (ndlr : visionnez la bande annonce si vous ne voyez pas de quoi je parle)

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C’est tout naturellement qu’il rencontre Chloé, l’incarnation d’une musique de jazz de Duke Ellington avec qui il va vivre une magnifique histoire d’amour.

Mais voilà, la vie n’est que mouvement et ce confort va vite laisser place à des moments plus difficiles lorsque la maladie vient frapper à leur porte. Colin, alors naif à l’image de toutes les personnes ayant eu une vie très privilégiée va se prendre une réalité difficille à gérer en pleine face et va devoir apprendre à se battre et à faire face.

L’écume des jours est une réflexion sur la vie et plus largement encore, sur la société de l’époque, qui vous le verrez, ouvrait déjà la porte à notre société moderne (le roman date de 1947).

Sous couvert de cette histoire d’amour, Boris Vian vient symboliser cette société en perte de repère, seule face à son propre sort qui se doit de relever les manches pour poursuivre sa route.

En cela, l’on peut clairement dire que l’histoire est d’une densité extrême et d’une modernité sidérante. Tout nous parle : de cette réflexion sur l’absurdité et la décadence du monde du travail (Colin est forcé de faire des jobs tous plus ridicules les uns que les autres afin de subvenir aux besoins du foyer), sur la lutte des classes, sur le règne de l’argent roi, sur cette société de consommation qui nous fait croire que le bonheur c’est « d’avoir » (clin d’oeil à ce cher Alain Souchon !)

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A ce titre d’ailleurs Michel Gondry a décidé de jouer sur l’ambivalence des époques. Alors que le film est baigné dans une ambiance vintage et baroque, il y insère des signes qui viennent nous replonger dans notre époque actuelle (les Halles en travaux).

Dans tous les cas, le coeur de l’histoire tient à cette réflexion sur le rôle des objets, tous en mouvement et vivants. Clairement, le but recherché est de signifier la naissance de la société de consommation qui vient, au pire, aliéner les populations ou, dans le meilleur des cas, édulcorer la vie et la rendre plus vivante et légère. Car c’est bien cela l’autre ambivalence sur laquelle joue Vian et que retranscrit si bien Gondry : jouer sur divers tableaux comme pour montrer la profondeur de la vie, ses mutiples facettes et surtout ses diverses interprétations possibles.

Pour ce qui est du film en lui même, que dire à part « bravo » car il en a sans doute fallu du temps et du talent pour créer, rendre visuel et retranscrire cet univers loufoque et absurde. On est littéralement plongé dans un autre univers. TOUS les acteurs sont superbes de fraicheur (pourquoi ne voit-on pas plus souvent au cinéma Aissa Maiga qui est juste superbe de justesse, de charme et d’entrain ?), de loufoquerie : Gad donne vie à un Chick fan de Jean-Sol Partre – pendant de JP Sartre que Vian admirait – plus vrai que nature et vient clairement donner vie à cette réflexion sur la dangerosité de l’admiration et du fanatisme.

Philippe Torreton incarne justement Jean-Sol Partre qui galvanisait les foules lors de ses conférences, Omar Sy apporte fraicheur et légèreté à un personnage guindé et coincé…

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Tous nous entrainent dans une fable loufoque et enchanteresse qui nous transporte. On adhère ou pas certes mais on ne peut renier le fait que l’on est emmené dans un autre univers.

A l’image des couleurs vives et fraiches qui disparaissent peu à peu de l’écran, l’histoire est douloureuse et triste mais sans jamais nous faire sombrer dans le larmoyant. Pourtant, l’ambiance nous poursuit longtemps après le film ce qui prouve à mon sens la justesse et la réussite de l’oeuvre.

Pour conclure enfin, je dirais que ce film, qu’il plaise ou non, vient prouver que certains osent. Osent nous proposer des oeuvres différentes, qui sortent de l’ordinaire et cela compte. Surtout à cette époque marquée par un fort pessimisme qui pousse certains à en démoraliser plus d’uns en ayant de cesse de critiquer, d’assombrir et de se plaindre (Matthieu K si tu me lis !)*

Le cinéma français vit ! Il avance, il tente des choses nouvelles qui sortent des sentiers battus et en cela je remercie ceux qui y contribuent.

J’en danserais presque le biglemoi de joie !

 

 En bonus, la musique phare du film, un pur régal :

 

*
«Mathieu Kassovitz : Je ne suis plus fier d’être français», titrait récemment le Guardian , qui interroge, avec une perplexité ravie: «Pourquoi donc celui qui était salué comme l’héritier de Truffaut après La Haine a-t-il renoncé au cinéma français?» Où l’on apprend qu’après l’avoir «enc…» d’un tweet, Fierrot le pou (du nom de son premier film comme acteur-réalisateur) lui préfère désormais l‘Amérique où il a déménagé. «La France n’est pas très excitante niveau cinéma, dit-il, je ne la trouve pas très sexy. Je ne suis pas mis au défi par les autres réalisateurs et j’ai besoin de défi».

http://www.lefigaro.fr/cinema/2013/04/24/03002-20130424ARTFIG00522-mathieu-kassovitz-joue-la-comme-depardieu.php

 

 


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