AMHA (A Mon Humble Avis), Festivals de Cinéma

BFSC à Cannes 12ème : J4

Posted by Barbara GOVAERTS

Paper Tiger, En compétition pour la palme d’or

Classique dans la forme. James Gray mériterait que je m’attarde davantage sur son film mais je ne sais trop quoi en sortir si ce n’est la reconnaissance d’un style épuré, maitrisé et revu à l’aune de notre époque. Il est, comme toujours chez James Gray, question de la famille, cette cellule tout à la fois si puissante et si fragile. Et désormais, les pères ne sont plus cantonné au seul rôle de gros dur, ils veillent au grain, ils sont présents, ils disent et montrent leurs sentiments. Et c’est beau. Miles Teller tient là un très beau rôle.

Quelques scènes de bravoures cinématographiques comme ce plan / ces prises de vues dans un champs de blé, mais malgré ces fulgurances, l’ensemble peine à laisser une empreinte durable. Comme si le film demeurait constamment au bord de quelque chose de plus grand sans jamais totalement s’y abandonner.

Reste tout de même une certitude : je n’ai jamais trouvé Adam Driver aussi sexy et charismatique.

El Ser Querido, En compétition pour la palme d’or

El Ser Querido s’ouvre sur une série de gros plans qui installent immédiatement une proximité presque intrusive avec les corps et les visages. D’emblée, le film semble vouloir nous placer au plus près de ce qui se joue entre les personnages, comme si tout passait par la peau, le regard, les silences.

Il y a dans cette histoire une tension sourde, celle d’un lien affectif complexe, traversé par la mémoire, le manque et ce que l’on n’arrive plus tout à fait à nommer. Le film avance ainsi dans un entre-deux permanent : entre douceur et malaise, entre attachement et distance.

Sans chercher l’effet, la mise en scène privilégie une forme d’observation, presque clinique par moments, mais toujours habitée. Les relations se dévoilent par fragments, dans des gestes simples, des non-dits… On semble avancer puis on recule.

On ressort avec la sensation d’avoir approché quelque chose d’intime, mais sans jamais pouvoir le saisir complètement comme si le film lui-même refusait de refermer ce qu’il ouvre.

Sorogoyen prouve à nouveau qu’il est un cinéaste dont j’ai envie de suivre le travail.

Il utilise la présence suave et habitée de Javier Bardem avec brio. Ce dernier donne à son personnage, un homme tout en faux semblants, habité par la rancune, par la souffrance, par les regrets. une étoffe saisissante.

Et puis le cinéma au cinéma… Je trouve ça toujours très beau et à propos. Car le cinéma permet de tout dire, de tout montrer… à condition que ce soit fait avec la bonne focale, pour peut-être… réparer un peu le passé ?

Full Phil, Séance de minuit

Ici, en revanche, je me permettrai d’aller aussi vite dans mon avis que Quentin Dupieux dans la réalisation de ses films : très vite.

Je lui reconnais volontiers une imagination débordante et cette capacité assez unique à faire surgir des idées totalement saugrenues. Deux films présentés à Cannes cette année tout de même, le rythme force presque le respect.

Mais j’ai aussi le sentiment qu’à vouloir constamment surprendre, accélérer, décaler, il finit parfois par tourner un peu en rond. Comme si l’absurde devenait moins un terrain de jeu qu’un réflexe. Une mécanique bien huilée destinée avant tout à amuser son petit cercle d’initiés.

Et si son cinéma conserve quelque chose de sympathique dans son irrévérence, je dois avouer que l’ensemble me paraît désormais assez répétitif, parfois même un peu lourd.

Loin de moi l’idée de dire du mal de ce cher Quentin dont j’apprécie malgré tout la singularité dans le paysage français, mais cette fois, la formule m’a semblé davantage rejouée que réellement réinventée.

Les matins merveilleux, Séance spéciale

Beauté, beauté, beauté. Ce film est un joyaux !

J’ai profondément aimé ce film.

Il y a dans cette histoire une délicatesse rare, une belle manière de parler du deuil, du souvenir et des rencontres qui réparent un peu la vie.

Rien n’y est forcé. Tout semble au contraire avancer avec pudeur, au rythme des kilomètres parcourus par Charlie dans sa petite Twingo et de ces vinyles disco qui deviennent des fragments de mémoire du vivant.

Charlie roule, encore étourdie par la mort de sa grand-mère, sans vraiment savoir qui elle rencontrera au bout du chemin. Et c’est précisément ce flottement que le film saisit si bien : cet instant fragile où l’on continue d’avancer presque mécaniquement, avant que les autres, les lieux ou la musique ne viennent doucement nous ramener au monde.

Il y a alors quelque chose de profondément beau dans ces rencontres qu’elle fait en chemin. Titou, le caviste rêveur, bouleversé par les souvenirs que réveillent ces vieux disques. Marina, solaire et insaisissable, qui semble chercher dans sa vie une liberté que le quotidien et les gens qui l’entourent au village l’empêchent encore d’atteindre. Elle a arrêté de se battre et de s’énerver… Elle a renoncé en somme.

Le film raconte tout cela avec une infinie tendresse. Il parle de transmission, d’émancipation, de solitude aussi, mais toujours avec légèreté. Une légèreté jamais superficielle, au contraire : une manière de regarder les êtres avec douceur.

Et puis il y a cette lumière méditerranéenne hivernale, ces plages désertées, cette musique omniprésente qui accompagne les personnages comme une mémoire affective permanente. Tout participe à créer une sensation de suspension presque étrange, profondément apaisante.

J’ai tant aimé voir cette Charlie rouler et ai eu tant de bonheur à la voir se poser.

Pourtant longtemps après le générique, on continue un peu de rouler avec elle.

Mention spéciale à Raya Martigny que j’ai découverte avec ce film et qui rayonne de tout son être.

Sans doute le meilleur trio de ce festival : India Hair x Cantona x Raya.

Jim Queen, Séance de minuit

Quel plaisir que cette première séance de minuit avec ce film d’animation haut en couleurs.

L’ambiance dans la salle était d’ailleurs à son image : euphorique, excessive, débordante d’énergie.

Car Jim Queen ne fait jamais les choses à moitié. Le film s’adresse clairement à un public prêt à entrer dans son univers : on y parle sexe, drogues, désir, marginalité… mais surtout regard porté sur les autres.

Et c’est précisément là que le film m’a surprise. Derrière son esthétique flamboyante, son humour permanent et son apparente légèreté, il y a un véritable cœur.

Le film parle finalement de notre difficulté à sortir des cadres, des catégories, des attentes figées que l’on projette sur les êtres. Il rappelle avec beaucoup de simplicité mais jamais de simplisme que l’on a sans doute tous quelque chose à gagner à regarder l’autre autrement.

Le tout avec une énergie communicative, un vrai sens du rythme et cette joie un peu insolente propre aux séances de minuit cannoises.

Un film profondément enjoué, libre et généreux.

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