Grand Prix Cinéma ELLE - jour 3

Grand Prix Cinéma ELLE – jour 3

Dernière journée de ce Grand Prix Cinéma ELLE avec la projection des deux derniers films en lice.

Que j’aime ce rythme effréné de projections. Je pourrais très largement en faire mon quotidien. Ce serait vivre un rêve éveillé.

Et là, dès le réveil, quelque chose de l’ordre du sublime et du chef d’œuvre.

De l’humanité en barre.

Une guerre atroce, celle de 14-18, des hommes qui se déchirent sur le front et les femmes, esseulées, qui décident de reprendre les rênes. Puisqu’il faut bien avancer, vivre, subsister, résister.

Des films sur la guerre il y en a pléthore mais des films qui disent le courage et l’abnégation des femmes – des villes comme des campagnes – durant cette période, bien moins.

Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux) fait le choix de raconter ce pan de notre Histoire du point de vue de ces femmes et c’est alors que nous rentrons dans le quotidien d’Hortense – magnifique de courage et de convictions interprétée par une Nathalie Baye grandiose – qui tient sa ferme d’une main de maître aux côtés de sa fille (Laura Smet, sa fille dans la vraie vie donc) et les ouvrières qu’elle emploie.

S’en suivent les saisons qui passent et avec elles les tâches qui demandent toutes un suivi et un sérieux sans relâche. C’est puissant et terriblement lancinant. La répétition, implacable, des occupations qu’il faut gérer, quoi qu’il en coûte, quoi qu’il advienne – Au rythme même des annonces répétées des morts au combat.

Ces femmes sont nos mères, nos grands-mères, nos arrières grands mères et ce sont des héroïnes. Nous venons d’elles comme aimait à le rappeler la productrice du film Sylvie Pialat lors de l’échange qui s’est tenu à l’issue de la projection. Nous venons d’elles et ne devons pas oublier le courage dont elles ont fait preuve.

Xavier Beauvois livre un film ficelé à l’or fin. Chaque plan est parfaitement maitrisé, la mise en scène dit la difficulté d’avancer dans un cadre si peu protecteur. Ces scènes qui s’allongent parfois signifient  ce temps qui s’éternise et cette guerre qui n’en finit pas d’expirer son dernier souffle.

C’est souvent beau à en pleurer. Tous ces non dits, mais aussi ces temps forts qui comptent, ces moments de retrouvailles et d’espoir durant lesquels la vie vaut double, triple et où les cœurs battent plus fort.

Preuve de la magie qu’insuffle Xavier Beauvois, je ne me suis vue pleurer devant cette scène où le mari de Laura Smet, revenu du front, découvre tout le travail effectué par sa femme et les femmes de sa famille qui n’ont pas failli et on même modernisé l’organisation de la gestion de la ferme. Voir la fierté, la reconnaissance dans son regard (Olivier Rabourdin qui a tourné avec Robin Campillo et que je trouve parfait à chaque rôle) m’a bouleversée.

De l’art de l’épure et du beau. Un bijou de pureté et de force contenue.

Le film sortira sur nos écrans en décembre prochain. Je ne manquerai pas de vous en reparler.

Ca commence avec les rires excités d’une jeune femme qui s’aprête et peaufine les dernières retouches de son maquillage dans les toilettes de la boite dans laquelle elle va passer une nuit de danse et de rires avec ses amis. Elle est fraîche, elle est belle, la nuit lui appartient.

Ca se termine à l’aube d’un jour nouveau qui marque pour elle le début d’un long combat pour sa liberté.

Entre les deux, 10 actes, une tragédie des temps modernes.

L’histoire se passe en Tunisie mais pourrait avoir court n’importe où sur le globe. Ce film nous dit les fragilités d’un monde malade qui bafoue les droits pourtant inaliénables de personnes, femmes et hommes qui exigent la possibilité, la liberté de vivre leur vie comme bon leur semble.

Le film – réalisé par une femme qui a voulu raconter ici l’histoire vraie d’une jeune femme violée par deux policiers qui a du se battre pour faire entendre son droit de porter plainte, est un véritable film coup de poing.

Il dit la fine barrière qui existe entre corruption et toutes les pressions qui sont intimées à bon nombre de victimes dont on estime qu’il serait plus simple pour elles qu’elle se taisent, qu’elles renoncent.

C’est brutal et souvent oppressant mais jamais racoleur et toujours bien à propos.

Si le jeu est parfois un peu surjoué justement, la réalisation fait penser à celle de Victoria, ce film allemand tourné en un seul plan séquence et joue sur divers plans et codes.

Le tout frappe fort et juste. J’ai eu la boule au ventre et l’envie de hurler à l’injustice. Mais voir la force morale de cette jeune femme est l’une des plus belles choses que l’on puisse porter à l’écran.

La voir sortir, enfin, toute vêtue de ce voile qu’elle a positionné en cape lui confère des allures d’héroïne moderne. Une de celles par qui passe l’évolution de nos sociétés. On a besoin d’elles, elles sont notre chemin.

A toutes ces héroïnes du quotidien qui œuvrent pour la paix, pour un monde meilleur et plus juste.

Le cinéma nous les montre.

Merci à ELLEs.