Ava

Ava

L’été se profile, sa chaleur, ses plages bondées et ses moments d’insouciance.

Mais Ava n’est pas d’humeur. Elle est du genre rebelle, du genre ado au coeur dur. Elle ne pleure jamais et rêve d’aventure lorsque sa mère lui parle de petits copains et de « première fois ».

Mais surtout, Ava perd peu à peu la vue et sait qu’elle finira dans le noir une fois l’automne arrivée. Là est le point de départ de ce récit d’émancipation qui a réussi à toucher mon coeur au plus profond.

La force de l’âge adolescent me parle. Ces premières fois pour tout, ces moments où l’on a peur de tout mais peur de rien. Ces instants fugaces qui forment à tout jamais le creuset de notre vie, de nos gouts et de nos engagements.

Si l’enfance est déjà le temps des découvertes, il me semble que ce sont celles de cet âge d’entre deux qui forgent le plus nos caractères et nos vies.

Et si l’on évolue toute notre vie durant, il me semble que c’est également à l’adolescence que notre caractère se forge réellement. Cet âge de tous les possibles.

Du caractère, Ava en a. Elle n’est pas banale. Sa moue boudeuse lui donne des airs de guerrière et ses yeux – des billes rondes et noires – lui confère un certain mystère qui nous emporte sans tarder.

Ce film tantôt d’une grande douceur, tantôt parsemé de douleurs, de cris, de cauchemars et de dégoût est à l’image de cet âge durant lequel tout est vécu plus fort et plus vite.

A mesure que sa vue baisse, il semble que le cadre au travers duquel Ava scrute le monde qui l’entoure se rétrécit également. Moins de perspective, moins de possibilité. Le but de ce film est également d’évoquer cette avancée vers un certain chaos ou l’on scrute, traque, enferme les gens. A l’image de ces policiers à cheval qui font comme partie du décor.

Et puis vient la rencontre, comme une évidence avec tout l’imbroglio et les non dits souvent propres aux premiers émois amoureux. La rencontre avec ce jeune gitan intrigant car différent et si libre en apparences. J’aime que toute la subtilité de ses émotions soit mis en avant. Ava ne saurait poser des mots sur les sentiments qu’elle éprouve pour ce jeune homme, c’est de l’ordre de « l’animalité ». A ce titre, il faut la voir, telle une louve, gravir le roc sur lequel ce Juan tant admiré est assis. Sans doute l’un des plus beaux plans du film et de ce que vous pourrez voir au cinéma en ce moment.

Il y a peu de mots, ce sont les corps qui parlent et qui se racontent. En ce sens, le film est véritablement de l’ordre des grands westerns de l’époque ou encore de l’ordre du film d’action.

C’est pur et terriblement haletant.

L’actrice principale est sublime de force et d’innocence et Laure Calamy que l’on voit souvent désormais (découverte surtout dans la série 10 pour cent) est formidable et délicieuse dans le rôle de cette mère impudique et trop présente.

Franchement un pur joyau de cinéma.